Opéra (L’) de quat’ sous – Bertolt Brecht

 » Foire à Soho. Les mendiants mendient. Les voleurs volent, les putains font les putains.  » Dès les premiers mots de sa pièce, Brecht plante le décor : celui d’un monde où le crime relève du quotidien et où les criminels sont de simples professionnels. Dans ce décor, l’affrontement de deux anciens complices qui se transforment en ennemis : Mackie, bandit en gants blancs, tel que l’imagination populaire le rêve – plus cruel et impitoyable qu’un requin, mais capable de faire tourner la tête à toutes les femmes, aux jeunes filles les plus innocentes comme aux prostituées – et Peachum, l’homme d’affaires qui, sans jamais se séparer de sa Bible, a fait de la mendicité un business. 

A la veille des fêtes du couronnement, Peachum organise avec sa horde de miséreux un défilé de faux mendiants. Mackie, Peachum et Brown, le chef de la police, s’entendent comme larrons en foire jusqu’au moment ou Mackie enlève la fille de Peachum pour l’épouser. Alors tout se gâte. Peachum demande à Brown la tête de Mackie, et l’obtient. En même temps, une tragi-comédie de la jalousie se déroule. Jalousie des femmes qui aiment Mackie, c’est-à-dire de Polly dont le mariage à lieu dans une écurie entièrement meublée d’objets volés, et de Jenny, la fière putain, qui n’hésitera pas à livrer son amant à la police…

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Conçue par Brecht comme un « essai de théâtre épique », où les dialogues alternent avec des complaintes, des ballades et des chœurs, la pièce nous offre effectivement une sorte d’épopée des bas-fonds, avec quelques figures héroïques. Démystifiant la charité, elle démonte les mécanismes par lesquels pauvres et riches se roulent mutuellement. Mais le cynisme des propos tenus n’empêche pas un certain romantisme à la Charlie Chaplin : tendresse et amour fou sont ici combattus par le destin, mais l’authenticité de ces sentiments n’est pas mise en cause. 

Extrait

Chanson de Polly, séduite par Mackie

Un jour, pourtant, par un grand soleil fou,
Il en vint un qui ne m’a rien demandé.
Il est entré sans un mot, il a accroché son chapeau à un clou,
Et je ne savais plus ce que je faisais.
Et comme il n’avait pas d’argent
Et qu’il n’était pas charmant,
Comme son col même le dimanche n’était pas blanc,
Qu’il ne savait pas plaire aux dames et n’était pas galant,
Je ne lui ai pas dit : non.
Je n’ai pas gardé la tête haute,
Je n’ai pas parlé de choses et d’autres.
Ah, la nuit était pleine d’étoiles
Mais le bateau n’a pas mis les voiles.
On ne pouvait pas en rester là,
Il n’y avait plus qu’à se mettre au lit sans façons.
Savoir perdre la tête : tout est là.
Oui, il fallait en passer par là,
Il n’était pas question de dire non.

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