Guerre (La) des salamandres – Karel Capek

 La guerre des Salamandres commence dans une petite île du Pacifique, quand le capitaine hollandais Jan van Toch découvre une nouvelle espèce. Ils ressemblent à des lézards ou des salamandres. Ils ont une peau de grenouille, une longue queue, des mains qui ressemblent à celles des hommes, mais qui ne comptent que quatre doigts. Ils ont la taille de petits enfants. Quand ils marchent, leurs corps se dandinent comme des pingouins. Van Toch les surnomme Tapa-boys. Ou plus simplement, les salamandres. Mais le plus étonnant, c’est leur intelligence. Quand on leur parle, ils écoutent. Ils apprennent vite à parler. Il suffit de leur donner un journal et ils connaissent la langue. Jan van Toch leur offre des armes, des harpons et des couteaux pour leur permettre de se défendre contre les requins, en échange de perles que les amphibiens vont chercher en mer. Le capitaine s’enrichit, les salamandres s’arment. Tout le monde est content… Les salamandres sont toujours plus exploitées par l’homme. En échange, elles ne demandent que des armes qu’elles emportent au fond des mers, là où aucun humain ne pourra jamais savoir ce qu’elles fabriquent… Jusqu’au jour où elles feront valoir leur revendication…

Ce livre écrit en 1936 est d’une modernité étonnante, il aurait pu être écrit de nos jour. C’est là le signe d’un grand écrivain.

La Guerre des salamandres est un prétexte pour mettre en lumière les travers de l’Homme. Dans un registre n’étant pas sans évoquer celui du conte philosophique, Karel Capek se livre à un joyeux dynamitage de la civilisation humaine. En effet, bien peu de domaines échappent à sa plume ironique et un tantinet surannée — ce qui fait également son charme. Nationalisme mortifère des Etats, culte de la pureté et du surhomme nazi, tentation totalitaire du communisme, querelles stériles de la Science, goût pour le sensationnel de la presse, futilité de l’industrie cinématographie, opportunisme à court terme du capitalisme, dérives sectaires et artistiques, Capek brocarde tout ce petit monde avec une verve fort réjouissante. L’auteur fait aussi intervenir des célébrités de l’époque qui commentent l’actualité, ou s’amuse à raconter des histoires dans les notes de bas de page.

Karel Capek a écrit le livre en pleine montée du national-socialisme. Le propos est politique. Les salamandres viennent déstabiliser l’ordre humain établi en créant un nouvel ordre qui rafle tout sur son passage… C’est aussi une critique du capitalisme. L’homme est prêt à tout pour le profit, pour gagner toujours plus d’argent. Et pour en gagner toujours plus, il est même capable de sacrifier des vies, et il est même prêt à sacrifier la sienne. Il mourra peut-être plus vite, mais il mourra riche.

Même s’il achève son roman par une touche plus optimiste, pour ne pas dire moraliste, Karel Capek partage avec ces confrères un état d’esprit semblable, comme une douloureuse certitude : l’humanité s’achemine vers sa perte, ou du moins vers une conflagration mondiale apocalyptique. Une prémonition confirmée dans les faits par la Seconde Guerre mondiale… Le dernier chapitre intitulé « L’auteur discute avec lui-même » est de toute beauté. L’auteur et sa conscience discutent de la situation. Un chef-d’œuvre absolu.

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