Moll Flanders – Daniel Defoe

Née dans les prison de Newgate d’une mère condamnée à mort mais sauvée par un gardien qu’elle a séduit, la petite Moll est tour à tour volée par des Bohémiens, recueillie par l’assistance publique, puis placée en apprentissage chez une couturière. Belle et intelligente, elle attire l’attention d’une riche famille qui l’invite sous son toit. Les deux fils de la famille se la disputent : devenue la maîtresse de l’un, elle épouse l’autre. Une fois veuve, elle épouse un riche négociant qui l’abandonne pour échapper à ses créanciers. Faisant croire qu’elle est riche, elle convole alors avec un troisième mari qui l’emmène en Virginie. Là, elle découvre que sa belle-mère est en réalité sa propre mère et son mari son propre frère. Elle rentre en Angleterre, épouse un quatrième homme qui se révèle être un aventurier qui l’abandonne finalement pour se faire bandit de grand chemin. Seul son dernier mari est un brave homme, mais il meurt peu après leur mariage.

Réduite à la misère, elle devient voleuse : arrêtée puis déportée en Virginie, elle retrouve là-bas l’un de ses fils et mène enfin une vie paisible. Repentie et rentrant en Angleterre à soixante-dix ans, elle décide de raconter ses souvenirs.

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Renouant ici avec la forme littéraire déjà employée dans Robinson Crusoé, Defoe mystifie le lecteur en lui présentant des mémoires qu’il déclare authentique. Cette méthode qui lui permet de parler à la première personne tend encore à renforcer la verve extraordinaire de l’auteur.

 Cette verve est mise au service d’une peinture réaliste de la société anglaise : de la difficulté d’être une femme et de ne trouver de solution que dans le mariage ou la prostitution, de la difficulté d’être pauvre et de risquer à tout moment la loi du plus fort ou la prison. 

L’argent, celui qu’elle possède ou celui dont elle manque, est le véritable protagoniste du roman ; c’est lui qui détermine les sentiments de Moll, lui qui inspire à la narratrice ce sens aigu des détails, ctte passion dans l’énumération et la description des objets.

Moll Flanders, tout autant que Robinson Crusoé, mérite de figurer parmi les grands classique de la solitude, à côté de Don Quichotte, de l’Idiot. 

Pavese dira : « Defoe a réduit à sa forme la plus élémentaire le tragique de l’existence. « Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien » est bien la plus insistante prière qui se lève de chaque page de ces autobiographies ». Que le personnages chargé d’incarné cette situation limite de la condition humaine soit une femme, qu’une femme ait à porter sur ses épaules le poids de la solitude universelle, voilà qui hausse le roman de la voleuse à une place unique parmi les chefs-d’œuvre. Epopée de l’argent et de la loi économique ; mais aussi voyage au bout de la nuit intérieure : et tout cela à travers un être de chair et de sang, qui respire, marche, mange, s’agite, souffre et vieillit devant nous, avec une présence, une couleur, une palpitation merveilleuses.

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