Éloge de la folie – Erasme

Du haut de sa chaire, ce n’est pas l’habituel théologien mais la Folie qui déclame dans le meilleur latin. Il est peu d’hommes, dit-elle, qui lui échappent. Ni les poètes, ni les artistes qui poursuivent leurs chimères, ni les philosophes, ni les théologiens. La folie règne partout ; n’est-ce pas justement être fou que le nier ? Les hommes se trahissent dans leurs contradictions ; ils rêvent d’ordre et de tout rendre intelligible, et leurs discours se mordent grotesquement la queue, pour retomber sur leurs pieds. Si bien que les défenseur de la foi et des plus grandes idées, anciens ou modernes, trahissent tôt ou tard leur cause sous prétexte de cohérence ou d’absolu. La Folie ne dispute pas au hommes ces comportements propres à leur espèce, seulement peut-être les excès auxquels ils se livrent, mais elle retrouve aussi au milieu de cette agitation ce qu’ils oublient et qu’ils pourraient partager, une foi profonde et salvatrice.

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Si l’Eloge de la folie se présente comme une « déclamation », qui était l’apanage des rhéteurs et des théologiens, son ton, qui ne s’accommode pas, est résolument satirique. La réflexion par l’absurde échappe à l’exercice intellectuel, bien que profonde et étayée par de nombreuses citations d’auteurs anciens (Ovide, Aristophane, Horace et Cicéron). Elle révèle dans le domaine religieux ce qui est apparence et dogmatisme, car Erasme prône en fait la pratique d’une foi toute intérieure et individuelle. Aussi ce livre, peu tendre pour le clergé et le Pape lui-même, représentait-il une contradiction pour l’ordre catholique déjà menacé par le parti de Luther avec qui Erasme fut en correspondance.   

Sous couvert d’un éloge allégoriquement narré par la Folie même, Erasme se plait à dresser un tableau peu reluisant d’une humanité orgueilleuse et arrogante.

Sur un ton joyeux et apparemment inoffensif, Erasme combat le dogmatisme et le fanatisme du Moyen-Age, et cela au nom d’un humanisme chrétien, attitude qui est bien dans l’esprit du siècle de la Renaissance.

La folie et non la démence nous précise Érasme. Les personnes dites déréglées mentalement ne couvre en effet qu’une très infime partie de l’humanité. Le terme englobe donc toutes les personnes qui agissent couramment sans faire appel à leur raison. Ceux qui se laissent guider par les sens, les pulsions, les instincts.

Cet essais écrit il y a 500 ans est d’une modernité ahurissante. Nous voyons défiler sous nos yeux tout les travers de notre société moderne. 

 les scientifiques, les politiciens, les religieux, les flics, la Justice, les médias, tous ceux qui prétendent représenter une quelconque forme d’autorité prennent une terrible fessée dans la gueule dans ce livre bénit. Un régal, un soulagement presque.

L’éloge de la folie connut un vaste succès, et la personnalité éminente et profonde de l’auteur le défendait des attaques de ceux qui pouvaient s’y sentir caricaturés.

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