Pont (Le) aux trois arches – Ismaïl Kadaré

En l’an 1377, les habitants d’un petit village albanais doivent, pour traverser le fleuve Ouyane, louer les services de la société Bacs et Radeaux qui détient le monopole du passage. Un jour, un épileptique en transe désigne un point de la rive. La population interprète aussitôt son message : il faut construire un pont à l’endroit indiqué. 

Sous les ordres du seigneur, les bâtisseurs engagent un chantier d’une ampleur exceptionnelle. Mais à mesure que s’élève l’édifice, une rumeur néfaste s’empare du village. Le pont aus trois arches est maudit, il porte en lui le deuil. Pour se préserver des maléfices, une vieille croyance veut qu’on lui sacrifie un homme. Une nuit, Murrash Zenebishe sera mystérieusement emmuré. Pour les paysans superstitieux, la réalité rejoint la légende… Mais cet acte terrible ne serait-il pas simplement un règlement de comptes entre passeurs et constructeurs ? Le pont achevé, les malheurs prédits ne viendront pas du fleuve…

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Au fil de son œuvre, IsmaÏl Kadaré s’affirme comme le gardien de la tradition populaire balkanique, faite de mythes et de légendes. Le Pont aux trois arches reprend dans les grandes lignes la légende ancestrale de Rozafa – à savoir la destruction nocturne de ce qui a été édifié le jour et la conjuration du mal par un sacrifice humain. 

C’est à une à une véritable enquête policière que se livre le narrateur, cherchant à démêler les fils tendus entre imaginaire et réalité. L’irrationnel est ici si profondément ancré dans le quotidien qu’il guide les actes de tous un village. La plume de Kadaré navigue elle-même entre ces deux pôles : si l’auteur ressuscite un fabuleux patrimoine de légendes, il trace aussi un tableau réaliste de l’Albanie médiévale. Avec ce roman, le poète fait œuvre d’historien, dressant un état des lieux tr!s précis de la situation économique et politique de ce pays mal connu.   

Pour qui l’a fréquentée quelques peu, l’Albanie apparait sans conteste comme une terre d’élection de la poésie, et en Ismaïl Kadaré, dont la mémoire résonne encore des chants et des récits légendaires qui ont bercé son enfance, elle a d’abord produit un poète.

Le romancier, indissociable du poète, ne pouvait que retourner un jour à ces contes et légendes qui constituent l’une des pièces essentielles du patrimoine albanais.
Laissons maintenant le lecteur à son admiration, face à ce pont aux trois arches fortement et impeccablement conçu qu’Ismaïl Kadaré a jeté entre la légende populaire et la littérature moderne. 

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