Île (L’) du docteur Moreau – H. G. Wells

Un naufragé, Prendrick, est recueilli à bord d’un étrange bateau rempli de bêtes ; c’est la ménagerie du Dr Montgomery et de son domestique, une créature hideuse. Le capitaine débarque son encombrante cargaison dans une île du Pacifique et contraint Prendrick  à suivre Montgomery. Tout l’intrigue dans ce lieu sauvage : un enclos fermé, des hurlements incessants d’animaux torturés, des zones interdites. Les êtres qu’il croise sont estropiés ou difformes, possèdent des faces semi-bestiales et semblent avoir subi d’inexplicables transformations. Prendrick, affolé, découvre l’identité du maître des lieux : c’est le Dr Moreau, chassé d’Angleterre pour s’être livré dans son laboratoire à de cruelles expériences. Moreau et Montgomery, savants fous, pratiquent la vivisection sur des animaux, greffent et mutilent des bêtes pour en faire des « hommes » ; c’est dire qu’ils fabriquent, avec un certain succès, des monstres. Ces manipulations ont donné naissances à des être hybrides qui se révolteront et tueront successivement Moreau et Montgomery. Prendrick ne doit son salut qu’à une barque échouée qui lui permettra de fuir l’Île maudite.

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Sa formation de biologiste et de zoologiste auprès du grand savant T. Huxley donne à Wells un sens aigu de la description clinique ; sa puissance d’imagination et le sadisme qu’il prête à ses personnages font basculer le récit dans la démence. Wells avoue avoir moins de mal à écrire des contes d’épouvantes que des histoires gaies et exaltantes et confesse qu’il est sujet à un phénomène particulier : « De temps en temps l’univers se projette dans ma direction avec une grimace hideuse. Cette fois-là il grimaça et je fis de mon mieux pour exprimer ma vision de la torture sans but dans la création » ; il y parvient avec maestria dans ces pages qui font dresser les cheveux sur la tête et qui pour lui demeuraient « un exercice de blasphème juvénile » : il avait trente ans à l’époque où il écrivait L’Île du docteur Moreau.

Rien n’adoucit donc la clairvoyance cruelle de son regard… En outre il applique aux questions morales et aux problèmes de l’ordre dont la société est susceptible, le réalisme d’un homme habitué à l’analyse des causes, plein du sens de la complexité des réactions vitales, mais aussi du pouvoir que l’expérimentateur a sur elles. La vision professionnelle, les plis d’imagination que l’étude des tissus, des fonctions et des organes a donné à un biologiste sont à la source de la divination remarquable qui a fait de H. G. Wells sur bien des points du champ tout entier de la civilisation humaine un précurseur ou un inventeur.

Nous n’avons pas besoin de savoir qu’il fut un scientifique, nous l’aurions deviné. Dès qu’il sentit le besoin d’écrire, il ne s’attarda pas aux douceurs de la culture, mais alla tout droit aux choses et aux faits. Il prend une loi naturelle, il en suit le développement et en montre les conséquences. Voilà pour ses contes : des fantaisies à peine supérieures à celle de Jules Verne, si l’on ne considère que le style et la langue, mais d’une tout autre qualité si l’on sait voir l’intention morale, la critique des mœurs, la grande manière héritée de Swift. Grâce à ses dons, Wells a pu aborder le roman proprement dit ; et c’est pour ces qualités seules que nous aimons ses romans. (Valery Larbaud)

Wells questionne son lecteur sur la place de l’être humain dans le monde animal et de l’animal dans l’être humain, mais aussi sur la place de la souffrance dans la recherche scientifique, et ce qu’il est permis de faire ou non au nom de la science. 

L’auteur était furieusement visionnaire et avait déjà compris vers quoi les expérimentations de son époque pouvaient conduire dans l’avenir.

Wells parvient à fasciner et à interroger le lecteur. Ces créatures hybrides ne sont plus des animaux, pas des hommes, des êtres en marge qu’il faut tout de même contrôler afin d’éviter toute régression d’où l’instauration de la Loi, ensemble de règles visant à maintenir l’ordre chez les Monstres. Ce mode de comportement peut rappeler l’emprise d’un dictateur sur son pays, les manipulations quelles qu’elles soient, la soumission d’un groupe à une intelligentsia. C’est une nouvelle fois l’orgueil qui pousse l’homme à concurrencer Dieu qui semble critiqué ici. 

Ce roman, écrit en 1896 par H.G Wells, nous démontre que les excès de la science peuvent entraîner la folie de l’homme. 

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