Vierges (Les) noires

Les vierges noires

Jusqu’au XVIIIe siècle, les pèlerins qui se rendaient à Chartres observaient un rite aussi complexe que mystérieux, qui n’avait vraiment rien de chrétien : après avoir prié dans l’abbaye et entendu la messe dans la cathédrale, ils descendaient, par un passage situé au nord de l’église, dans une crypte souterraine.

Les vierges noires

Là, ils  » adoraient  » en silence une statue d’ébène, Notre-Dame-de-Sous-Terre. Celle-ci était une femme assise, qui tenait un enfant dans ses bras. La tête de la statue était couronnée et, à ses pieds, on pouvait lire l’inscription latine : Virgini pariturae ( la Vierge devant enfanter ).

Une fois leurs dévotions terminées, les pèlerins étaient bénis avec de l’eau tirée d’un puits sacré qui se trouvait dans la crypte et, s’ils le voulaient, ils pouvaient boire de cette eau.

Les vierges noires

Détruite sous la Révolution, cette statue de la Vierge noire sera refaite
au XIXe siècle et, depuis, elle est vénérée sous le nom
de  » Vierge au pilier « . Le  » pilier  » était, jusqu’au milieu du XIXe siècle, le socle de la statue : il a aujourd’hui disparu, trop usé par les baisers d’adorations des fidèles. On sait également que, depuis toujours, une Vierge a été vénérée sur le site de Chartres et que le fameux puits a probablement été creusé par les anciens Celtes. Ou bien par ceux qui les précédaient !

Les vierges noires

A Montserrat, en Espagne, on adore ainsi une statue semblable à celle de Chartres. Les jeunes mariés viennent l’implorer pour qu’elle rende leur union heureuse, féconde et durable.

A Crotone, en Italie, sur le promontoire, qui surmonte le golf de Tarente, il existait autrefois un temple dédié à Hera Lacinia, la déesse romaine de la Lune et la protectrice des femmes. Hera Lacinia avait une fonction essentiellement sexuelle : elle gouvernait la vie des femmes et leurs cycles, de la conception à l’accouchement. L’église de Crotone, comme la Cathédrale de Chartres ou celle de Montserrat, abrite encore une statue de  » femme noire « .

Pour les autorités catholiques, ces statues n’ont pas de valeur autre que celle fixée par le dogme. Pour les pélerins qui les vénèrent, elles ont un pouvoir bien supérieur à celui sue leur accordent les prêtres.

Les vierges noires
Si dessus – Vierge noire d’Outremeuse à Liège

Ces trois Vierges noires sont loin d’être les seules à être vénérées en Europe. On estime leur nombre à une quarantaine sur notre seul continent. Les sites les plus importants sont Einsiedeln en Suisse, Rocamadour, Dijon, Le Puy et Avioth en France, Orval au Luxembourg, Loreto, Venise ou Rome en Italie. Faites le plus souvent de pierre ou d’ébène, elles sont toujours somptueusement parées. Les jours de fête, on les orne généralement de pierres précieuses. Curieusement, elles portent presque toujours une couronne : considérées comme
des  » Reines des cieux « , elles sont associées à des représentations de la Lune ou des étoiles. Il s’agit d’une pratique qui nous ramène à l’ère préchrétienne et qui perpétue les cultes païens des divinités féminines.

Les vierges noires

En général, Les Vierges noires portent un enfant, souvent sur le genou gauche. Elles sont l’objet de pèlerinages très fréquentés et on leur accorde un grand pouvoir de guérison et de fertilité.

Une chose est certaine  : la plupart causent beaucoup de souci à l’Eglise catholique, qui les mets  » hors circuit  » dès qu’elle le peut sans trop choquer les populations locales, toujours plus attachées aux Vierges qu’à la fréquentation des messes. Depuis le XIXè siècle, beaucoup de ces Vierges noires ont été remplacées par des représentations plus conformes au modèle marial. Quand elles n’ont pas été, tout simplement repeintes… en blanc !

Les vierges noires

Ces énigmatiques Madones, qui ont parfois un air oriental, un peu byzantin, sont toujours auréolées de nombreuses légendes. Leur apparition est en tout cas miraculeuse.
La Madone noire de Tindari, entre autres, aurait été retrouvée dans un coffret mystérieusement échoué sur la plage.
Celle de Loreto se serait brutalement matérialisée, en mai 1291, dans une construction qui n’attendait plus qu’elle pour trouver un usage religieux.
La Madone noire de Montserrat aurait été découverte dans une grotte, par des bergers attirés par des lumières célestes et des chœurs.
Celle d’Avioth aurait soudain pris forme dans un buisson d’épines.
Celle de Puy aurait commencé par ordonner la construction d’une église avant d’y apparaître par la suite.

La Madone, surtout quand elle était noire, a tenu une place considérable dans la spiritualité chrétienne du Moyen-Age, grâce, notamment à l’influence de Bernard de Clairvaux, qui a joué un rôle essentiel dans la propagation du culte marial dans tout l’Occident. Il affirmait lui-même avoir eu la plus belle extase religieuse de sa vie en priant la Madone noire de Chatillon : il était à genoux, en train de réciter des Ave Maria, quand la Vierge daigna presser son sein et faire tomber quelques gouttas de son lait dans la bouche des religieuses.

Les vierges noires

La Vierge deviendra également la protectrice des chevaliers du Temple et, plus tard, celle de l’ordre des chevaliers Teutoniques. Elle figurait sur les bannières des hommes de guerre, qui organisaient des tournois en son honneur ou qui se servaient de son nom comme ralliement dans les combats.

La Madone finira même par reléguer la trinité chrétienne au second plan :  » Mère de Dieu « , elle n’était surpassée que par Dieu lui-même. Dans le texte de la messe de l’Immaculée Conception, on trouve les paroles suivantes :
 » Le Seigneur me posséda au début de toute choses. J’existais avant qu’il ne donne la vie aux créatures. J’existais de toute éternité, avant même que la Terre ne soit créée. « 

Les vierges noires

Plusieurs écrivains chrétiens du Moyen Age en arriveront a admettre que c’est la Vierge, et non Dieu, qui a créé le monde ! L’un d’entre eux écrira :
 » Tout obeit à Marie, même Dieu.  » C’est ainsi que, insensiblement, le christianisme du Moyen Age se teintera des couleurs d’une religion matriarcale, fondée sur le principe féminin symbolisé par Marie. Dans le même temps, les qualités  » féminines  » de Jésus étaient accentuées : douceur, bienveillance, et même passivité. La Vierge était devenue la médiatrice entre les hommes et leur dieu, en quelque sorte une déesse protectrice de l’Europe occidentale.

Les grandes cathédrales gothiques étaient les temples de cette nouvelle déesse. Entre 1170 et 1270, pas moins de 80 cathédrales dédiées à Notre-Dame et 500 églises seront édifiées à sa gloire. La plus grande partie de ces monuments seront bâtis sur des sites déjà consacrés par la présence d’une statue de Madone, le plus souvent noire et généralement préchrétienne.

Les vierges noires

A Rome, on refusait alors la distinction entre les Vierges  » noires  » et les Vierges  » blanches « . La couleur noire était expliquée rationnellement : par la fumée des cierges, par l’âge, par l’oxydation d’anciennes carapaces d’argent ou par… la noirceur des péchés des fidèles ! Explications qui négligeaient le fait que la plupart de ces statues étaient intentionnellement taillées dans des matières noires et que la couleur était, par le fait, délibérément choisie.

Avec les Madones noires, nous sommes en présence de cultes qui dépassent les dogmes chrétiens sur la virginité de la  » Mère de Dieu « .
Presque tous les aspects de ce culte, laissent transpirer un paganisme originel, resté incroyablement vivace après des siècles de christianisation et de chasse aux superstitions.

Un simple fait : la plupart de ces Vierges noires sont liées à des rites de fertilité, de fécondité ou de sexualité. Ce ne sont pas là les attributs ordinaires de la Vierge chrétienne.
A Montserrat, l’hommage à la Madone donne lieu à une fête singulièrement païenne, puisque les fidèles se livres à une danse circulaire qui rappelle volontiers les antiques danses orgiaques. D’autres Vierge noires sont également liées aux astres, à la Lune ou à Vénus.

Les vierges noires

C’est une évidence : si elles représentent parfois Marie, la mère du Christ, ces statues sont chargées de tout autre chose. Elles prennent un sens qui dépassent la symbolique chrétienne ordinaire. Mais de quel passé nous arrivent-elles ? Et quel message alors nous apportent-elles ?

                                                                                                                                                                                                          Extrait de  » Inexpliqué  » 1981

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