Paul Fort ( 1872 – 1960 )

Paul Fort ( 1872 - 1960 )

 LE BONHEUR

Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite, cours-y vite.
Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite. Il va filer.

Si tu veux le rattraper, cours-y vite, cours-y vite.
Si tu veux le rattraper, cours-y vite. Il va filer.

Dans l’ache et le serpolet, cours-y vite, cours-y vite,
dans l’ache et le serpolet, cours-y vite. Il va filer.

Sur les cornes du bélier, cours-y vite, cours-y vite,
sur les cornes du bélier, cours-y vite. Il va filer.

Sur le flot du sourcelet, cours-y vite, cours-y vite,
sur le flot du sourcelet, cours-y vite. Il va filer.

De pommier en cerisier, cours-y vite, cours-y vite,
de pommier en cerisier, cours-y vite. Il va filer.

Saute par-dessus la haie, cours-y vite, cours-y vite.
Saute par-dessus la haie, cours-y vite ! Il a filé ! 
 
**********

Si toutes les filles du monde voulaient s’donner la main,
  tout autour de la mer elles pourraient faire une ronde.

Si tous les gars du monde voulaient bien êtr’ marins,
  ils f’raient avec leurs barques un joli pont sur l’onde.

Alors on pourrait faire une ronde autour du monde,
  si tous les gens du monde voulaient s’donner la main.

**********

L’arbre à poèmes

– Sors de ce vieux bourbier à poésie, poète !
de sa vase gluante aux crapauds endormis.
Soulève-toi d’horreur, mais non plus
à demi, couverts de lieux communs épais, 
d’images blettes

Jarrets gonflés par ton effort, soulève-toi
des eaux croupies du Rêve. – Oui, c’est
Fait. Mais pourquoi, resté-je ainsi courbé, 
Vaincu par mon effort ! Un peuple de 
sylvains me nargue sur ces bords ?… 

A leurs cris je me dresse en piétinant
d’orgueil. Que fais-je là ? Je prends 
racine, je m’enfeuille, et j’entends rire
Pan au cœur de ma feuillée… Je suis
Un arbre à poème : un poémier.  

**********

Les Différences

T’es pas la même que moi, c’est sûr. T’es toute petite devant moi. Mais quand j’te quitte, ah ! tu grandis ! t’es sur la mer une grande figure, qui grimpe au ciel, qui couvre tout. Moi, je suis toujours moi pour moi. Dans mes souvenirs je n’grandis pas. J’suis à ma taille dans mes souvenirs. C’est déjà ça, mignonne d’amour !… T’es pas la même que moi, c’est sûr. T’es toute petite quand t’es devant moi. Mais quand j’suis loin, quand j’pense à toi, dans mes souvenirs tu couvres tout, la mer, le ciel, la nuit, le jour ! Et ça, c’est trop mignonne d’amour !

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