Âne (L’) mort – Chawki Amari

« L’âne mort » relate les mésaventures d’un trio de quadragénaires, deux hommes et une femme, en cavale d’Alger vers les montagnes du Djurdjura après avoir causé « accidentellement » la mort de « Zembrek », l’âne favori d’un ex-commissaire de police.

Recherchés par les forces de l’ordre, Lyes, Mounir et Tissam vont se réfugier chez Izouzen, un mystérieux érudit vivant à plus de 1 500 m l’altitude dans une pizzeria transformée en librairie et sujet à une étrange pulsion qui le conduit à l’assassinat de ses six épouses.  

La lecture des premières lignes est surprenante. Mais la surprise laisse peu à peu place à l’intérêt. L’auteur nous embarque à bord du break bleu alourdi d’un âne mort, avec des personnages extravagants débiter des discours saugrenus, scientifique et philosophique qui les confrontera à eux-mêmes. 

La mort de l’âne les mène, entre plaisanteries apparentes et désespoir intérieur, à spéculer : «  un âne mort pèse-t-il plus lourd qu’un âne vivant ?  » Au fil des pages, le roman analyse avec ironie douce-amère les impasse de la société algérienne avant la révolte du Hirak, en 2019. 

Le roman de Chawki Amari lie en fils narratifs plusieurs niveaux de lectures. L’absurde et le burlesque d’abord, la vie algéroise ou chacun cherche à « faire de l’argent », quitte à le fabriquer en Chine et l’importer à un prix défiant toute concurrence. C’est le règne de la débrouille, des journées longues qui s’étalent sans point de départ ni point d’arrivée, morosité algérienne et pesanteur d’un pays arrêté et comme hors du monde.

L’autre niveau de lecture est mythique car avec une référence à la fable d’Apulée, « L’Âne d’or ». Ecrivain romano-berbère, Apulée a narré aussi les subtilités des métamorphoses, à l’exacte jonction du mythe et de la philosophie, du roman et la fable. Là aussi, la physique rejoint la métaphysique.  

Extrait

 » L’univers pèse exactement 10 puissance 154 kilogrammes alors qu’il devrait en peser beaucoup plus. Incroyable. Quinze milliards d’années après le big bang et seulement 20 mille ans après l’âge de Glace, l’Homme est allé si loin, a pensé si fort et s’est élevé si haut que non seulement il a réussi à peser l’univers mais peut se permettre aujourd’hui de l’accuser de dissimuler une masse manquante, tel un ministre qui manipulerait avec légèreté budgets et caisses noires. « 

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