Actéon

La figure d’Actéon pourrait constituer, dans la mythologie grecque, un avertissement adressé aux mortels de ne point trop se rapprocher de la sphère des dieux.

Élevé par le centaure Chiron, le chasseur Actéon arriva par hasard à l’endroit, non loin de la ville d’Orchomène, où Artémis se baignait avec ses nymphes dans la fontaine Parthénios.

Au lieu d’être saisi d’une peur sacrée et de se détourner aussitôt, il demeura pour observer la scène qui ne devait être perçue par aucun être humain. La déesse de la chasse, furieuse, le transforma en cerf et il fut aussitôt déchiqueté par ses propres chiens de chasse.

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Pour comprendre cette scène, il ne faut pas oublier que, membre de la famille royale de Thèbe, Actéon est le neveu de Sémélé, amante de Zeus, qui périt foudroyée d’avoir regardé le dieu, comme elle le lui avait demandé, dans la splendeur de sa gloire ; il est donc aussi le cousin du fils de Sémélé, Dionysos, dieu de la souffrance, du sacrifice et du démembrement. Autrement dit, Actéon renvoie sans doute à la notion de mysterium tremendum, de mystère terrifiant, telle que l’avais  dégagée le philosophe Rudolf Otto à propos de la notion de
sacré ; on ne peut découvrir l’essence de la divinité, qu’à ses risques et périls – et on risque toujours d’en être foudroyé comme l’avait été Sémélé, ou les anciens Hébreux qui osaient porter la main sur la sainte arche d’alliance.

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Ce thème d’Actéon n’est pas sans renvoyer non plus à la  » vision de la femme nue  » telle qu’elle était pratiquée dans certains cercles hermétiques ou tantriques de la  » main gauche  » ( c-à-d selon la voie de l’énergie sexuelle ), épreuve décisive, à la fois psychique et spirituelle, où le candidat à l’initiation devait surmonter l’épreuve de découvrir dans toute sa puissance l’essence du féminin surréel.

Le démembrement et le déchiquetage par les chiens renvoient alors au déchirement psychique et la disparition de la personnalité consciente dans le gouffre de la folie :

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 » Il existe beaucoup de gens dont on peut affirmer qu’ils sont fous, et qui font l’expérience du divin, et je ne contesterai pas l’authenticité de leur vécu, car je sais que ce genre d’expérience nécessite courage et solidité pour qu’on puisse lui résister. C’est pourquoi j’ai pitié de ceux qui en ont été anéantis, et je ne leur ferai pas l’outrage de prétendre qu’ils auraient trébuché sur un simple obstacle psychologique « 
(C.G. Jung, La Vie Symbolique

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