Cité (La) des Dieux

La Cité des dieux

En 1550, tandis que l’assujettissement de l’Amérique centrale par les conquistadors  espagnols bats son plein, le missionnaire et ethnologue Bernardino de Sahagùn écrit : «  De Tamoachan, les nouveaux colons aztèques allaient faire des sacrifices au lieu appelé Teotihuacan où ils élevèrent deux monticules en l’honneur du soleil et de la lune. Ils sont pareils à des montagnes élevées à mains d’hommes. On les dirait naturels quoiqu’ils ne le soient pas.  » Bien que la description des événements soit juste, des sacrifices avaient bien lieu sur le site, Sahagùn se trompe lourdement au niveau du contexte. 

En effet, nous savons aujourd’hui que, loin d’avoir construit quoi que ce soit, les Aztèques ne firent que découvrir la « métropole » au XIIIe siècle alors qu’elle avait été abandonnée à la nature depuis très longtemps, avec ses temples et pyramides recouverts d’une végétation dense. Il s’agissait, selon la légende locale, de l’œuvre des géants. Etranges. Les visiteurs la baptisèrent Teotihuacan, dont l’étymologie diffère légèrement selon les sources. Mondialement connue sous le nom de  » Cité des Dieux « , certains exégètes en proposent des variantes comme le « lieu de naissance des dieux », – « l’endroit où les hommes devenaient des dieux », – « La place divine », le lieu des adorations » ou encore selon la traduction de l’éminente linguiste américaine Thelma Dorfman Sullivan, « la ville de ceux qui contrôle la route qui conduit au ciel ». Tout un programme…

Dans la mythologie aztèque, les dieux se rassemblèrent jadis à Teotihuacan où se trouvait la « butte primordiale », l’origine du monde dans toutes les anciennes civilisation du globe, à la suite d’une longue période pendant laquelle la lumière du soleil avait disparu du ciel pour laisser place aux ténèbres. S’agit-il du souvenir embrumé d’un quelconque cataclysme, voire du fameux… Déluge ?    

La Cité des Dieux

Située à l’extrémité nord de l’Allée des Morts, devant une vaste place, la pyramide de la Lune – nom attribué par Bernardino de Sahagùn – mesure 46 mètres de haut. Semblable à une ziggourat mésopotamienne comportant quatre degrés et un escalier à pente raide dont certaines marches font moins de 10 centimètres de largeur, son cœur est constitué de briques d’adobe recouvert de pierres et de stuc.

Résultat de la superposition de plusieurs monuments, ce qui était monnaie courante chez les peuples précolombiens, des fouilles menées en 1998 ont mis au jour un tunnel au bout duquel se trouvait une tombe  contenant le corps d’un individu ainsi que des offrandes constituées d’objets en jade, en pyrite et en obsidienne. Une découverte qui ne fait que conforter l’obsolescence d’une idée tenace jusqu’au début des années 1950 d’un passage souterrain découvert accidentellement en 1971 à partir d’une grotte naturelle.

Exploré à l’époque d’une manière approfondie, entièrement creusé par l’homme, il est haut de 6 mètres et cours vers l’est sur plus de 300 mètres jusqu’à une zone située à l’aplomb exact du centre géométrique de la pyramide. Ici, le boyau débouche sur une autre grotte qui a été artificiellement élargie et sculptée à mêle la roche en forme de trèfle à quatre feuilles, « feuilles » qui sont en réalité des pièces d’environ  20 mètres de circonférence. S’agissaient-il de chambres funéraires ? La logique porterait à le croire.

La Cité des Dieux

Au sud de l’Allée des Morts, ultime pièce du puzzle Teohuacanos, l’immense complexe de 160 000 m² que les archéologues appellent   » la Citadelle  » est sans conteste le point central de la métropole plusieurs fois millénaires. Enceinte gigantesque de 400 mètres de côté, elle abrite le temple de Quetzalcoati ainsi qu’une pyramide à sept degrés. Mais au fait, qui était Quetzalcoati ?

Ce qui singularise le serpent par rapport aux autres animaux est la perte de sa peau, qui représente la transformation, le changement, la renaissance. Archaïque, sans pattes et au sang froid, il s’agit d’un symbole très ancien dans les différentes traditions religieuses du monde entier. Parfois associé au mal, la perte ou la mort dans sa version négative, il évoque le plus souvent la connaissance, la sagesse, la prudence et la vie dans son aspect positif. Au sein des mythes, la mission que confèrent les dieux à Quetzalcoati était d’ordre civilisatrice, moralisatrice, bienfaitrice, altruiste. Et son emblème était… le serpent. Mais s’agit-il vraiment de mythes ou de souvenirs d’un passé historique désormais lointain et révolu ? Au 16e siècle, au Mexique, le chroniqueur espagnol Juan de Torquemada recueillait par exemple une « légende » qui évoquait un homme blond au teint halé portant une longue barbe fleurie (Les amérindiens, l’instar de certains asiatiques, sont majoritairement imberbes, en particulier sur le visage). Ca ne s’invente pas. Une autre en parle comme d’ « un mystérieux personnage, un homme blanc de robuste constitution, avec un front large, de grands yeux et une barbe qui lui tombait jusqu’au pieds. Il réprouvait les sacrifices, n’autorisant que les offrandes de fruits t de fleurs, et était tenu pur le dieu de la paix. Lorsqu’on lui parlais de la guerre, dit-on, il se bouchait les oreilles.  » Ca ne s’invente pas non plus.        

L’homme est souvent dépeint comme un sage qui arriva au Mexique après avoir traversé la mer à bord d’une embarcation qui avançait toute seule, sans l’aide de rames. Il avait la peau blanche, était de haute taille. Il apprit aux indigènes à se servir du feu pour cuire leurs aliments. Il construisit également des maisons et enseigna aux couples qu’ils pouvaient vivre ensemble comme mari et femme. Et, comme les hommes se querellaient souvent à cette époque, il leur apprit à vivre n paix. Ce qui avouons-le, n’est pas banal du tout. Selon un autre chroniqueur espagnol, le prêtre dominicain et missionnaire Bartholomé de Las Casas – devenu célèbre pour avoir dénoncé les pratiques hautement contestables des colons et avoir ardemment défendu les droits des Amérindiens entre 1512 et 1547 – ,  » les indigènes affirmaient que dans les temps anciens, vingt hommes étaient venus au Mexique. Leur chef s’appelait Quetzalcoatl. Ils portaient de longues robes flottantes, des sandales aux pieds et arboraient de longues barbes. Leur tête étaient nue. Quetzalcoatl enseigna au peuple les arts de la paix et fit construire de nombreux édifices. »  

La Cité des Dieux

Comme les pyramides ? Il aurait également jeté les bases de l’agriculture et découvert le maïs. Médecin, connaissant les remèdes, il était le patron des guérisseurs et des devins. Il était vénéré comme législateur, protecteur des artisans et patrons de tous les arts. Un véritable dieu ! Mais qui était cet homme ? D’où venait-il ? Vraisemblablement d’un autre continent. En ce sens, le bassin méditerranéen ou l’Asir sont des candidats sérieux. Ce qui impliquerait une chose : des bateaux sillonnaient les océans bien avant Christophe Colomb, voire même les Viking. Bien entendu, les archéologues s’inscrivent en faux. Légende ! Affabulations ! Théories indéfendables ! Considéré comme l’un des principaux contributeurs aux avancées dans la connaissance de la civilisation précolombienne maya au début du XXe siècle, l’archéologue et épigraphiste américain Sylanus Griswold Morley affirmait pourtant que «  le grand dieu Kukulkan, le Serpent à plumes, était l’équivalent maya du Quetzalcoatl aztèque, le dieu mexicain de la lumière et de la connaissance. Dans le panthéon maya, il était considéré comme le grand organisateur, le fondateur des cités, le créateur des lois et du calendrier. De fait, ses attributs, et l’histoire de sa vie, sont si humains qu’il n’est pas improbable qu’il se soit agit d’un personnage historique ayant véritablement existé, une sorte de grand législateur et organisateur dont on se rappela les bienfaits longtemps après sa mort, et dont la personnalité fut finalement divinisée. « 

Reste maintenant à trouver le lieu où il fut inhumé avec tous les honneurs qui conviennent, un lieu très certainement d’une importance capitale, centrale incontournable. Un lieu où  » les hommes devenaient des dieux, Teotihuacan pourrait parfaitement convenir. 

Octobre 2003, saison des pluies au Mexique. L’eau qui tombe sans discontinuer depuis des jours vient de révéler un vaste trou devant le temple de Quetzalcoatl. Chargé de la conservation de l’édifice, l’archéologue de l’institut national de d’anthropologie et d’histoire Sergio Gomez Chavez y pénètre avec prudence et découvre avec étonnement l’existence d’un tunnel à 14 mètre de profondeur. Le projet destiné à son exploration baptisé Tlalocan (chemin sous terre), a été initié en 2009 et continue encore à ce jour. Il se distingue par l’utilisation d’une technologie qui n’avait jamais encore été utilisée dans pareil cas, en l’occurrence un puissant scanner laser épaulé par deux petits robots mobile de haute technologie.

La Cité des Dieux

 L’exploration archéologique de ce tunnel a montré qu’il mesurait 103 mètre, passait sous la pyramide du dieu et débouchait sur une grotte artificielle s’ouvrant sur 3 chambres. Condamné depuis au moins 1 700 ans selon Gomez Chavez et son équipe d’experts, les parois de ce tunnel sont imprégnées de pyrite, un minerai métallique qui réfléchit la lumière et, dans ce cas précis, servait à représenter la voûte étoilée, le monde des cieux. Une grande première… Tout comme l’excavation de plus de mille tonnes de pierres et de terre ainsi que la découverte de plus de 100 000 objets (jades, turquoise, caoutchouc, coquillages, statuettes d’hommes et de femmes…) qui seront une aide précieuse pour mieux comprendre la vision du monde et la religion des anciens peuples mésoaméricain. Fabuleux. 

Gomez Chavez :  » Mon hypothèse de départ était que nous allions trouver une tombe de quelqu’un de très important, en raison de la signification du lieu et des offrandes spectaculaires.  » Ce qui n’a pas été le cas. Mais l’archéologue a des preuves qu’il en existait au moins une et qu’elle a été enlevée avant que le tunnel ne soit définitivement condamné par la construction des murs épais de l’intérieur vers l’extérieur. La dépouille sacrée de Quetzalcoatl aurait-elle, un temps séjourné ici – juste en dessous de la pyramide qui porte son nom et son symbole – avant d’être mise à l’abri quelque part ailleurs pour l’éternité. Si la réponse est oui, force est de reconnaitre qu’il s’en sera extrait sans bruit, discrètement, subtilement. Comme un serpent.  

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