Et si on dansait ? – Erik Orsenna

Jeanne, l’héroïne de « La grammaire est une chanson douce » et des « Chevaliers du subjonctif » est devenue un écrivain fantôme. Elle rédige et monnaie les devoirs des élèves de la ville des mots. De fil en aiguille, elle va devenir le nègre d’hommes politiques et rédiger leurs discours. A cette occasion, elle se rendra compte de l’importance de la ponctuation.

« Je savais bien que jamais je n’en aurais fini avec la ponctuation. Aussi longtemps que je vivrais, et donc aussi longtemps que j’écrirais, je me battrais avec les signes, je m’acharnerais à bien placer les virgules. Et les points. Et les points-virgules. Sans oublier les tirets, les crochets, les chevrons auxquels je n’avais pas jusqu’ici prêté assez d’attention. »

La ponctuation n’a-t-elle pas été inventée pour exprimer les sentiments, marquer le rythme du cœur, noter les nuances affectives ?

Un beau jour, le président Bonaventure réclame ses services. C’est ainsi que tandis qu’elle survole le cap Juliette en hélicoptère présidentiel, elle aperçoit une étrange ligne épaisse et noirâtre lo long de la plage. Pollution pétrolière ? La jeune fille décide d’en avoir le cœur net et part en exploration. Mais en y plongeant la main, quelle surprise ! Ce son des mots ! Des lignes de mots qui la regardent et l’appellent à l’aide. Nécrole, en dictateur efficace, a fait confisquer tous les livres lors de son coup d’Etat. Emprisonné à bords d’un bateau qui a fait naufrage , les lettres, les mots sont là, éparpillés, à la dérive et à la merci des poissons gloutons et les pelleteuses. Jeanne arrivera-t-elle à leur faire regagner leur histoire respective ?

Un petit roman qui se lit d’une traite avec un grand bonheur.     

Extrait 1

« Aucun dictateur n’aime les livres, Jeanne. Car les livres aident à rêver, à réfléchir et donc à critiquer. Quel besoin de rêver, pensent les dictateurs, puisque la société que j’ai créée est la meilleure possible ? Quel besoin de réfléchir puisque je décide tout pour vous ? Quand à la critique, je ne l’accepterai jamais. »

Extrait 2

« La grammaire essaie de mettre de l’ordre dans le grand peuple des mots. Si on ne leur imposait pas des règles, ils iraient n’importe où, les mots. Ils s’assembleraient n’importe comment. Et plus personne ne se comprendrait. Ou alors ils resteraient chacun dans son coin, ils refuseraient de former des phrases. Quel dommage ! Quel gâchis ! La grammaire rapproche, la grammaire relie, la grammaire accorde. »

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