Sirènes (Les) et leurs maléfices

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En 1728, Minher Van Der Stell, gouverneur des Moluques, rapporte avoir vu un  » monstre semblable à une sirène, pris à la côte de Bornéo, dans le département d’Amboine « . Il précise :

 » Il était long de 59 pouces (environ 1,50 m), gros à proportion comme une anguille. Il a vécu à terre dans une cuve pleine d’eau quatre jour et sept heures. Il poussait de temps en temps des petits cris comme ceux d’une souris. Il ne voulut point manger, quoiqu’on lui offrît des petits poissons, des crabes, des écrevisses etc. On trouva dans sa cuve, après qu’il fut mort, quelques excréments semblables à des crottes de chat. « 

Aux îles Hawaï, on se raconte encore l’histoire de la déesse de l’Océan, qui vit à Lolohana, un pays sous la mer, tout près d’une île sauvage.


Le français Benoit de Maillet publie, en 1755, un volume entier consacré aux sirènes et à leur mythe. Il en fait même une survivance de la race primitive des hommes et en signale en Terre de Feu comme Madagascar.
De leur côté, plusieurs chroniqueurs arabes rapportent que les marins de la Méditerranée  » pêchent souvent des filles aquatiques au teint foncé et aux yeux noirs, qui parlent un langage incompréhensible et qui poussent de joyeux éclats de rire « .

Pour certains auteurs, les sirènes auraient pu n’être que de vulgaires naufrageuses, belles vahinés qui nageraient très bien et très loin pour attirer les marins vers les criques tranquilles et la massacrer dans des buts… alimentaires.

Les sirènes

Dans son  » Légendaire de la mer « , Jean Merrien rapporte le témoignage suivant, daté de 1869. La scène se passe aux Bahamas  :

–  » Le 31 mars dernier, six hommes d’équipage se dirigeaient en canot vers une baie pour y pêcher, lorsqu’ils virent apparaître, à quelques mètre de leur embarcation, une femme ayant la moitié du corps hors de l’eau, nageant et disparaissant.

 » L’étonnement et la frayeur dont furent saisis les matelots ne peuvent se décrire. Stoppant, ils attendirent quelques nouvelle évolution de la femme marine pour prendre un parti. Celle-ci, point intimidée, sortit du canot et les matelots purent se rendre compte qu’elle était parfaitement conformée.

 » C’était une sirène d’une grande beauté ne le cédant en rien aux femmes les plus attrayantes. Des cheveux bleus flottaient sur ses épaules, ses mains étaient fourchues et elle exprimait sa surprise de voir des hommes en poussant des petits cris aigus. La partie inférieure de son corps, qu’on distinguait entre deux eaux, était terminée par une queue large et fourchue « .

La  » sirène  » jouera avec les matelots apparaissant et disparaissant ainsi autour d’un matelot qui se jeta à l’eau. Le patron de l’embarcation lui tira un coup de feu et blessée disparut définitivement.

On connaît la sirène classique, belle et tentatrice, qui cherche à entrainer sous l’eau le pauvre marin séduit.
Là, les conteurs hésitent : tantôt les  » dames de la mer  » ont le moyen de faire vivre le malheureux sous les eaux, dans un fabuleux palais. Tantôt il est noyé et…  elles le pleurent !

Les sirènes

Les fées des mers sont enjouées et gaies comme des enfants. La sirène de la baie de Fresnaye, en Bretagne, passait ses journées à chanter. Elles sont également généreuses : ceux qui les recueillent, échouées sur des rochers, après une tempête, se voient récompensés d’un sifflet au signal duquel, en cas de danger, elles accourront. Souvent, elles soignent les naufragés ou rendent les derniers honneurs aux noyés.

Elles peuvent enfin jouer le rôle de prophétesse, de bon ou de mauvais augure.
Au Maroc comme en Norvège, l’apparition des sirène précèdent la tempête.
Par contre, la frapper, même involontairement, d’un coup d’aviron ne saurait que provoquer sa vengeance. 
P.Y Sébillot rapporte :  » Un pêcheur de Grâve ayant piqué une sirène au sein, elle lui dit :  » Pour vous et vos descendants, jusqu’à la septième génération, il n’y aura pas de bonheur « .

Les sirènes

Au Pays-Bas, la Merminne prophétise en vers, soit pour annoncer une bonne nouvelle, soit pour prévenir des catastrophes.En Poitou, on accuse les sirènes…d’anthropophagie .
Une chanson reprend :

Chante, chante, sirène
T’as moyen de chanter
Tu as la mer à boire
Mon amant à manger
Une question reste cependant sans réponse : pourquoi ce mythe des sirènes est-il aussi fort ? Sur quoi s’appuie t-il ?
Tout d’abord sur le sens commercial des peuples d’Asie qui fabriquent et vendent aux européen des centaine de  » curios  » : des monstres avec un torse de guenon sur une queue de squale ou de gros poisson. Escroquerie.
Il doit pourtant y avoir autre chose. Les scientifiques pensent aujourd’hui que les  » femme de mer  » ont longtemps été confondues avec des phoques ou des cétacés de 3 ou 4 m de long dont les femelles portent une paire de seins comparable à ceux d’une femme. 
Mais il faut l’imagination d’un matelot après trois mois de mer pour leur prêter le moindre caractère  » féminin « …
Des récits de marins, transmis et déformés de port en port et de bouche à oreille, ont pu donner au mythe grec et à ses avatars un semblant de consistance biologique. Le travestissement des druidesses celtiques en mauvaises fées de la mer a fait le reste.

Les sirènes

Après tout, peu importe d’où viennent ces belles nageuses au blondes chevelures ! Imaginons les quelques part en mer, écœurées par le mazout et la pollution des vagues, mais toujours prêtes à revenir féconder les rêves des hommes libres, ceux qui aiment la mer et ses secrets infinis. 

Adaptation de  » Inexpliqué  » 1981

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