Chants (Les) de Maldoror – Comte de Lautréamont (pseudonyme de Isidore-Lucien Ducasse)

Maldoror est un être sans limites. Il parcourt le monde, commettant ses crimes infects, violant, assassinant, déchirant de ses ongles et de ses dents. L’océan, les tempêtes, les marécages sont ses demeures. Son reniement, car Maldoror a été bon, le conduit jusqu’à s’accoupler, extraordinaire nageur, à l’hideuse femelle du requin. Mais pourquoi cette cruauté ?

Maldoror vit qu’il était né méchant ; dès lors sa révolte contre le Créateur ne connait plus de bornes. Il se jette dans la carrière du mal, s’escrimant à l’incarner absolument, nouveau Lucifer luttant et l’emportant comme lui sur l’ange de Dieu. D’ailleurs, ses victimes n’ont plus la volonté de lutter contre la souffrance infinie qu’il leur inflige, reconnaissant dans sa cruauté la force du destin. Indéniablement, pour être aussi passifs, ceux qui sont éclaboussés par tout ce mal, les victimes et le lecteur, partagent une part intime de sa révolte. Et de cette terrible révolte rejaillit sur les êtres qui souffrent une possibilité d’amour, elle aussi infinie.

La tentative du comte de Lautréamont est unique dans la littérature, ses longs chants lyriques excèdent les demeures de la poésie, où l’attitude du lecteur, souvent apostrophé, par l’éloignement, la passivité et la soumission, rejoint en somme l’attitude des victimes de Maldoror ; et où le narrateur, apparemment tour à tour Lautréamont et Maldoror lui-même, assiste à la maturation d’une tierce personne, jusqu’alors adolescente, Isidore Ducasse.

Cette confusion des niveaux de réalité au sein du texte participe aux dépassement de toutes les limites, limites de la littérature comprises, qui subit les assauts effrénés d’une profonde révolte. Révolte au bout de laquelle Ducasse, essoufflé, ne trouve ne trouve pas la force d’attendre la publication d’une œuvre que l’éditeur, craignant la police et le scandale, préfère retarder. Il meurt à l’âge de 24 ans, ayant rédigé ainsi son épitaphe :  » Ci gît un jeune homme mort poitrinaire, vous savez pourquoi. Ne priez pas pour lui. »

Extrait :

Plût au ciel que le lecteur, enhardi et devenu
momentanément féroce comme ce qu’il lit, trouve, sans se
désorienter, son chemin abrupt et sauvage, à travers les
marécages désolés de ces pages sombres et pleines de poison;
car, à moins qu’il n’apporte dans sa lecture une logique
rigoureuse et une tension d’esprit égale au moins à sa
défiance, les émanations mortelles de ce livre imbiberont
son âme comme l’eau le sucre. Il n’est pas bon que tout le
monde lise les pages qui vont suivre ; quelques-uns seuls
savoureront ce fruit amer sans danger

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