Siegfried – Jean Giraudoux

Ce n’est certes pas sans arrière-pensée que le baron Zelten, figure de la vieille Allemagne romantique, fait venir Geneviève, ainsi que son ami Robineau, à Gotha : il devine que Siegfried, redoutable concurrent politique, n’est autre que le Français Jacques Forestier, trouvé sans mémoire sur un champs de bataille et devenu, grâce à la patiente rééducation entreprise par l’infirmière Eva, le conseiller d’Etat le plus en vue de l’Allemagne nouvelle. Comme prévu, Geneviève, qui fut autrefois la fiancée de Forestier, s’efforce, sous le couvert de leçon de français, de restituer à Siegfried son passé. Sur fond de coup d’Etat, le héros, résistant aux sollicitations d’Eva, choisit de redevenir Forestier. A l’issue de ce singulier parcours initiatique, il est un homme nouveau qui se refuse désormais à creuser des tranches à l’intérieur de lui-même ».

En transposant pour la scène un roman très personnel, d’une signification souvent obscure, et dont l’intrigue, presque inexistante, semblait secondaire, Giraudoux renouvelle magistralement l’art dramatique français de l’entre-deux guerres. Son théâtre, fuyant toute facilité, ennemi juré de la vulgarité, d’une finesse à la limite de la préciosité, se propose non seulement de renouer avec la grande littérature par la beauté du texte et du style, mais encore de retrouver le climat de la tragédie antique par la gravité dramatique de thèmes à la mesure d’une époque tourmentée. Refusant de distraire à tout prix un public bourgeois, sérieux, mais souvent peu exigeant, il s’adresse à une élite intellectuelle, cultivée et sensible, dont il exorcise les angoisses en recourant au mythe par le jeu magique du langage. Mais, plaidoyer pour une impossible réconciliation franco-allemande, Siegfried ne laisse que peu d’illusions sur l’issue probable du drame qui se joue, dans la réalité, à l’échelle du continent européen : Siegfried-Forestier reste, de par son itinéraire hors du commun, un personnage idéal.

René Lalou écrira :

« Depuis le 3 mai 1928, nous n’avons plus rien à envier aux jeunes romantiques. Car nous avons eu, nous aussi, notre soirée d’Hermani. Avec pourtant cette différence qu’il n’y eut point de bataille. A part quelques cuistres invétérés, Giraudoux ne connaissait pas d’ennemis. Lors de la mémorable générale de Siegfried chez Jouvet, tous les invités se posaient la même question : le luxuriant romancier de Siegfried et le Limousin aurait-il su se plier aux exigence du théâtre ? Nous, ses amis, nous tremblions. D’autres affichaient leur scepticisme. Trois heures plus tard, nous étions unis dans une commune admiration pour l’auteur dramatique que cette soirée venait de nous révéler. Encouragé par ce succès, Giraudoux allait consacrer au théâtre la majeur partie de son activité.

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