Légende (La) d la mort – Anatole Le Braz

La mort : en vingt-deux chapitres, légendes, dictons et témoignages racontent cette présence mystérieuse qui hante la vie quotidienne des hommes. Des simples intersignes jusqu’à l’entrée au Paradis ou en Enfer, le lecteur découvre dans le craquement d’une planche ou dans un frisson inexpliqué des messages de l’au-delà. Il apprend comment attirer la mort sur quelqu’un, comment déterminer l’heure de son propre trépas et assiste au pèlerinage des âmes par le chemin de saint Roman. L’Ankou ouvrier de la mort, armé d’une faux dont le tranchant est tourné vers l’extérieur, traverse les campagnes. Il fait le vide. Les âmes, grandes fleurs blanches, forment un peuple immense : l’Aanaon, qui sera sauvé ou damné si les vivants le désirent et si Dieu y consent. Mais le rituel doit être respecté, sinon les revenants surgissent par les villages pour persécuter les vivants. Nul paradis pour les cités disparues : les cloches d’Is carillonnent sur la mer et Athis, sirène des ruines engloutie, chantera jusqu’à la résurrection de sa ville et à la délivrance de son peuple.

Interrogeant en profondeur un imaginaire ancestral, La Légende de la mort est bien plus qu’une œuvre folklorique. Non contente d’annoncer, en cette fin du XIXe siècle, les orientations de l’ethnologie à venir, elle se révèle douée d’un singulier pouvoir de fascination qui couronne presque magiquement le travail de Le Braz. Sa patient enquête apparaît, en effet, intimement guidée par une exacte adéquation de sa propre sensibilité avec l’âme armoricaine. Grace à cette providentielle communion, la mythologie bretonne, qui marie de façon originale le christianisme aux représentations païennes, est pour ainsi dire réinventée sous nos yeux, tout illuminée de son sens originel. Une porte s’ouvre sur l’au-delà, les figures d’outre-tombe deviennent irréfutables, une voix monte du fond des âges, qui rappelle à chaque homme qu’entre lui et la mort il existe une fatale connivence déjà inscrite en son paysage intérieur comme un ossuaire sur la lande bretonne.

C’est plus intensément à la fin du siècle dernier que Le Braz chercha, traqua et rencontra des personnages de La Légende de la mort ; acteurs ou conteurs aussi insolite que véridiques, témoins affirmatifs jusqu’à vous donner le vertige d’angoisse. La Légende de la mort, qui passa d’abord inaperçue du grand public, est devenue aujourd’hui une œuvre prodigieuse et définitive : inépuisable, liée au temps des hommes de toujours et qui éveillera, sans cesse, l’attrait des choses ignorées mais subies, ainsi que la perpétuelle interrogation à l’angoisse ressentie face à l’Après-Nous encore voilé.

Le Braz révèle tout l’arsenal auquel des générations puisèrent pour entretenir une foi teintée de superstition et une tristesse un peu morbide. Le Braz, qui fait la transition entre le XIXe et le XXe siècle, fut le dernier des grands romantiques bretons.

Le Bra n’est pas seulement un poète de la chère province, mais un homme qui ressent la présence d’un pays de l’au-delà avec ce noir frémissement, ces sombres pressentiments qu’on trouve chez le auteurs de ballades, les poètes populaires des lieds germaniques.

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