Armand Silvestre (1837 – 1901)

Consolation

Si, sur un amour solitaire
Tu laisses ton cœur se fermer ;
Si tu ne crois pas que, sur terre,
On peut plus d’une fois aimer,
Et si ta douleur ancienne
Te consume en regrets charmeurs,
Ô pauvre âme, sœur de la mienne,
Meurs !

Mais si l’espérance réveille
Des songes d’or sur ton chemin ;
Si tu sais qu’aux maux de la veille
Succèdent les biens de demain,
Et si ton ivresse ancienne
Renaît en souvenirs ravis,
Ô douce âme, sœur de la mienne,
Vis !

Si tu sens que ta destinée
Est d’aimer pour souffrir toujours
Et que le temps t’a ramenée
Au seuil de nouvelles amours,
S’il faut une main à la tienne
Et des regards amis aux tiens,
Ô chère âme, sœur de la mienne,
Viens !

Le Voyageur

Voyageur, où vas-tu, marchant
Dans l’or vibrant de la poussière ?
— Je m’en vais au soleil couchant,
Pour m’endormir dans la lumière.

Car j’ai vécu n’ayant qu’un Dieu,
L’astre qui luit et qui féconde,
Et c’est dans son linceul de feu
Que je veux m’en aller du monde !

— Voyageur, presse donc le pas :
L’astre vers l’horizon décline…
— Que m’importe, j’irai plus bas
L’attendre au pied de la colline.

Et lui montrant mon cœur ouvert,
Saignant de son amour fidèle,
Je lui dirai : J’ai trop souffert :
Soleil ! emporte-moi loin d’elle !

Pleine d’amour

Quand ta main tomba dans ma main,
Je n’osai la presser qu’à peine :
Je ne sais quel doute inhumain
Faisait déjà trembler la mienne.

Quand ton front se pencha vers moi,
À peine j’y posai ma bouche :
Je ne sais quel cruel émoi
Me rendait timide et farouche.

Ah ! je sentais que désormais
La douleur entrait dans ma vie
Et je n’ai su que je t’aimais
Qu’au jour où tu me fus ravie !

La Fée aux chansons

Il était une fée,
D’herbes folles coiffée,
Qui courait les buissons,
Sans s’y laisser surprendre,
En Avril, pour apprendre
Aux oiseaux leurs chansons.

Lorsque geais et linottes
Faisaient de fausses notes,
En récitant leurs chants,
La fée, avec constance,
Gourmandait d’importance
Ces élèves méchants.

Sa petite main nue,
D’un brin d’herbe menue
Cueilli dans les halliers,
Pour stimuler leur zèle,
Fouettait sur leurs ailes
Ces mauvais écoliers.

Par un matin d’automne,
Elle vient et s’étonne
De voir les bois déserts.
Avec les hirondelles,
Ses amis infidèles
Avaient fui par les airs.

Et, tout l’hiver, la fée,
D’herbe morte coiffée,
Et comptant les instants,
Sous les forêts immenses
Compose des romances
Pour le prochain printemps.

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