Sur les falaises de marbre – Ernst Junger

Sur les falaises de marbre raconte l’arrivée du narrateur à la Marina, terre de paix que règlent des traditions ancestrales. Le voyageur trouve refuge à l’Ermitage, administré par quelques moines savants. Sur ce territoire mythique, on s’adonne aux dionysies, on goûte la simplicité des mœurs. pourtant cette atmosphère de calme va se défaire : une horde sauvage, conduite par le Grand Forestier, peuple la forêt voisine et ravage les récoltes de la Marina. Le spectre de l’anarchie hante les occupants de l’Ermitage. Les pillages succèdent aux incendies. Les chasse à l’homme s’achèvent en carnage. Aussi le narrateur et ses compagnons décident-ils de mettre un terme aux exactions meurtrière du Grand Forestier et de ses acolytes.

Ils font appel aux bergers et à leur chien puis s’enfoncent dans les bois à la recherche des mécréants. Ces derniers lâchent leurs chiens ; s’engage alors un combat sans merci qui tourne en faveur du Grand Forestier. Le narrateur et ses amis font une retraite stratégique, pour attirer leurs ennemis vers la Marina. Là, ces derniers voient leur effroyable meute de chiens détruite par les morsures des serpents élevés par les moines. La marina recouvre donc son caractère de paix, et le narrateur poursuit son chemin vers une destination inconnue.

De nombreux critiques ont vu dans la figure du Grand Forestier une allégorie d’Adolf Hitler. Les faits leur donnent en partie raison : Sur les falaises de marbre a été rédigé en 1939 et publié deux semaines avant la mobilisation allemande. On connait d’autre part le dédain exprimé par Ernst Jünger à l’égard du national-socialisme. Il faut lire le roman comme une critique de toute barbarie dictatoriale. Il n’est donc pas simplement le symbole d’une époque, mais s’élargit jusqu’au mythe en rendant compte d’une tendance ancestrale de l’humanité, laquelle oscille entre la paix et la guerre, le rayonnement et la décadence.

Jünger a donc nié avoir pris pour modèle Hitler et le national-socialisme. Selon lui, la signification politique de Sur les falaises de marbre est secondaire : il ne s’agit pas de s’attacher à l’Histoire événementielle comme on dit aujourd’hui, mais de découvrir le sens secret de l’épopée humaine hors du temps. Il ne s’agit pas d’un dictateur en particulier mais du dictateur en tant que figure, qu’archétype. Dans Les falaises de marbre, l’atmosphère de sérénité selon les uns, de froid glacial selon les autres, donne au récit un air de légende. Projetés hors du temps et de l’histoire, nous participons au mythe où s’affrontent la brutalité et l’esprit, dont les deux frères et le père Lampros sont les derniers chevaliers.

La première idée du roman semble provenir d’un voyage en mer Egée fait par Ernst Jünger en 1938. Au cours de la traversée jusqu’à Rhodes, il rêve de Hitler et de sa bande qui lui apparaissent : ce rêve pourrait bien constituer le noyau initial autour duquel va travailler l’imagination de l’auteur. Jünger travaillera cinq mois à la rédaction de Sur les falaises de marbre. L’œuvre sera terminée en août 1939, quatorze jours avant la mobilisation.

« Rêve très vivace cette nuit, d’une précision inusitée ; je me tenais sur un escalier de marbre, sur les marches duquel se tordaient des serpents. » E. Jünger (Jardins et Routes – mars 1939)

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