Juif (Le) Errant – Eugène Sue

Le fil conducteur de l’œuvre est une affaire compliquée d’héritage. Les sept derniers membres de la famille Rennpont, qui sont de conditions sociales extrêmement différentes, doivent se partager la fortune laissée par l’un de leurs ancêtres huguenots. Tout pourrait être simple si la Compagnie de Jésus ne s’en mêlait pas. Gabriel de Rennepont est membre de cette communauté religieuse et il a décidé de lui léguer sa part d’héritage. Cependant, la cupidité de ses compagnons est sans limites et ils en arrivent à faire disparaitre tout la famille – sauf le na*if Gabriel, qui ne se doute pas de ces crimes. La cassette où se trouve déposée la fortune est conservée par un juif, nommé Samuel, qui mène une lutte farouche contre les jésuites. Heureusement, Gabriel prend connaissance des méfaits de ceux-ci et il brûle la cassette dès qu’elle entre en sa possession ; la mort des principaux coupables donne à la fin du récit un agréable goût de justice rendue.

Cette œuvre d’Eugène Sue consiste en un foisonnement d’histoires parallèles qui se rencontrent chaque fois qu’elles ont une incidence directe sur la trame principale, c’est-à-dire celle du legs. Ainsi, le monde ouvrier, celui des Jésuites et les deux juifs errants – Samuel et sa femme – sont autant de parties secondaires du récit qui éclairent l’idéologie de l’auteur. En effet derrière une apparence de roman-feuilleton divertissant, Le Juif errant développe d’une façon précise les convictions religieuses et politiques d’Eugène Sue.

Sa haine des jésuites est grande ; leur humanité s’affiche à travers chacun de leurs actes. Les conceptions politiques, elles sont plus difficiles à interpréter : en effet, malgré une sympathie évidente pour les ouvriers il semble clair que Sue n’incite nullement à la révolte. On se rend comte qu’il croit fermement à une possibilité de réforme, e douceur, de la société. Pour Sue, il suffirait que les riches connaissent vraiment les conditions de vie des pauvres pour que ces réformes puissent donner à tous le bonheur.

Eugène Sue, dans Le Juif errant, ne suggère pas la révolte. Au contraire, il condamne la violence et essaye de susciter une certaine compréhension entre les classes en exigeant des « riches » la charité et en faisant savoir aux « pauvres » que les riches ont leurs problèmes aussi.

Dans toutes les intrigues du Juif errant on trouve sous une forme ou une autre un mécanisme de « fascination » que le lecteur pourra partager à son gré avec l’auteur. Parfois cette fascination sert les buts didactiques de l’auteur, comme c’est le cas par exemple quand s’opère dans l’intrigue des ouvriers une fascination évidente de la misère, de la criminalité, de la méchanceté de quelques capitalistes, et même du choléra, qui a les conséquences funestes pour les classes pauvres, mal nourries.

Le Juif errant est un modèle de roman populaire – un roman qui véhicule des idées élémentaires et qui s’exprime dans un langage simple, un roman qui propose une action directe et met en scène des personnages dont la psychologie traduit les pulsions les plus habituelles de l’être humain, un roman qui offre une intrigue vivante, dynamique plurielle, où tous les ressorts de la narration sont constamment déployés.

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