Poésie arabe

‘Amrû ibn Qin’âs al-Mûrâdî

J’ai attiré vers moi les branche d’un arbre
Desséché et je les ai cueillies.
L’eau que j’ai bue ne fut puisée à nulle source
Et ne vint d’aucun ciel.
Cette viande que nul n’a goûtée,
J’étais seul à la manger et à la savourer….
J’ai allumé un feu sans étincelles,
Remuant son enfer, je m’y suis réchauffé,
Quand mon heure viendra, elle me trouvera
Rassasié des plaisirs de la vie, guéri.

‘Urwa ibn al-Ward al-‘Abisi

Ils me demandent : « Où vas-tu ? »
Mais comment le poète-brigand peut-il connaitre son lieu ?
Les vaste terres lui sont chemins.
Mes proches pèchent par avarice,
Quant à moi, je n’abandonne pas mes frères à la mort quand je vis
Comme le buveur ne peut abandonner l’eau.

‘Urwa ibn Udhayna

Elle dit lorsque je lui déclarai ma flamme :
« Dans le secret tu étais, demeure dans le secret,
Ne vois-tu pas ceux qui m’entourent ? »
Je dis : « Mes yeux sont voilés par ton amour. »

Abû al-‘Alâ al-Ma’arrî

Patience ! Malgré ta liberté tu fus dupé
Par un homme rusé qui prêche la bonne parole pour les femmes.
Dans la journée, il vous interdit le vin
Mais s’empresse de s’enivrer dès la tombée de la nuit.
« Je suis sans vêtements », dit-il,
or, c’est pour le plaisir de la rousse qu’il a hypothéqué ses habits.
L’homme est deux fois pécheur s’il continue
A accomplir ce que lui-même interdit.

Abû ash-Shamaqmad

J’ai l’espace pour demeure
Le ciel ou la nuée pour toiture.
Si en ma demeure tu désires pénétrer
Et que nul porte ne s’ouvre
C’est que nul battement de porte
Ne s’étend de la terre aux nuées.

Les mouches volantes ont déserté mon logis
Ainsi que celles dont les ailes sont déchirées.
Le chat, depuis un an, ne croisa pas la moindre nourriture,
Hochant la tête à force d’être affamé
De misère et d’amertume il est secoué.
Le voyant morose, tête basse,
Les entrailles en feu, je lui dit :
« Fais preuve de sagesse et trouve un autre logis
Où le commerce est fructueux et la vie aisée. »

Pourrais-je un jour utiliser
Une autre monture que mes pauvre pieds ?
Pour un départ, les gens font venir leurs coursiers
Mais moi, infortuné, je n’ai que mes soulier.

Al-Muhallabî

Mon bien-aimé me dit, alors que la séparation
Me faisait gémir et me répandre en sanglots :
« Que feras-tu après moi sur ce chemin ? »
Je répondis « Te pleurer tout au long du chemin. »

Al-Mutanabbî

Celui qui est doué d’intelligence est malheureux même au paradis,
En revanche, l’ignorant sait jouir même au sein de la misère.

Hudba ibn Khashram

Puisse l’angoisse éprouvée le soir
se dissiper par un soulagement prochain !
Le peureux trouvera quiétude, le prisonnier sa liberté
Et l’exilé revivra parmi les siens.
Puissent les vents réaliser nos souhaits !
Le vent du nord nous informe lorsqu’il vient jusqu’à nous
Et le vent du sud dit à nos proches que nous sommes en vie.
Si aujourd’hui le cœur n’y est plus,
Proche est le lendemain pour celui qui attend.

Ibrâhîm ibn al’Abbâs as-Sûlî

Tu étais la prunelle de mes yeux
Mes yeux je pleure aujourd’hui.
Après toi la mort peut bien frapper,
La crainte de la perte était pour toi réservée.

Mujibir as-Siqillî

Un poème errant effraya mon sommeil
J’ai passé la nuit à me promener dans ses vers

Maysun bint BahdalL Al-Kalbiyya

Une demeure où le vent s’agite
M’est plus chère qu’un château élevé.
Un modeste manteau dont je me drape
Me sied plus que des habits de lin.
Je préfère le murmure du vent
Au son du tambourin.
La vie fruste à la campagne
Plaît à mon âme plus que le style gandin.
A ma patrie je ne veux guère de substitut,
Qu’elle soit honnête me suffit.

Saadi

Les hommes sont les membres d’un même corps.
Ils furent créés à partir de la même essence.

Si le destin venait à faire souffrir l’un d’eux.
Les autres membres ne connaitraient pas le repos.

Toi que le malheur des autres laisse indifférent.
Tu ne mérites pas d’être appelé Homme.

*****

Je l’ai lu dans un livre odorant, tendre et triste
Dont je sors plein de langueur,
Et maintenant je sais qu’on le voit, qu’il existe,
Le jardin-qui-séduit-le-cœur !
Il s’étend vers Chirâz, au bas de la montagne
Qui porte le nom de Saadi
Mon âme, se peut-il que mon corps t’accompagne
Et vole vers ce paradis ?

*****

« Lecteur intelligent et sage, souviens-​toi que l’homme de mérite s’abstient de toute critique malveillante. Une tunique, fût-​elle de soie ou de brocart, a toujours une doublure ; si tu ne trouves pas ici une étoffe de soie, ne t’en irrite point et dissimule l’envers avec bonté. Loin de me targuer de mon mérite, j’implore timidement ton indulgence. On dit qu’au jour de l’Espérance et de la Crainte (au jour du Jugement), il sera pardonné aux méchants en faveur des bons. Toi aussi, si tu trouves quelque chose à reprendre dans cet ouvrage, imite la mansuétude du Créateur du monde ; n’aurais-​tu à louer qu’un seul de mes vers entre mille, sois généreux et épargne-​moi ton blâme. »

*****

« Ô toi qui es sage et d’un heureux naturel, sache que je n’ai jamais ouï dire qu’un homme d’esprit s’évertuât à découvrir des imperfections dans autrui. Quoique la pelisse soit de soie ou même de brocart, elle ne saurait se passer d’une ouate de simple coton. Si tu ne trouves pas d’étoffe de soie pour ta pelisse, ne sois pas en colère, mais contente-​toi de bonne grâce de la ouate. Je ne tire pas vanité du capital de mon mérite : en bon derviche, j’avance la main pour mendier. On dit qu’au jour de la Crainte et de l’Espérance (le jour de la Résurrection), Dieu dans sa générosité pardonnera aux méchants en faveur des bons. Toi aussi, lecteur, si tu trouves quelque chose de répréhensible dans mon discours, imite la bienveillance du Créateur du monde. Si, sur mille de mes vers, un seul te paraît heureux, eh bien, au nom de ta générosité, ne cherche pas à me déprécier. »

Tamîn ibn Muqbil

Deux temps marquent l’éternité : en l’un je meurs,
En l’autre, j’œuvre pour vivre.
Les deux sont inscrits dans les tablettes de mon destin.
La vie est heureuse et la mort reposante.
Lorsque je ne serai plus, pleure-moi selon mes mérites
Et blâme la vie. Toute vie est un tourment.

Waddâh al-Yaman

Elle dit : « N’entre pas chez nous,
Notre père est effroyablement jaloux. »
Je répondis : « Je suis décidé lorsque je demande
Et mon épée est tranchante et solide.
« Le château nous sépare », dit-elle.
Je dis : « Je suis au dessus de lui. »
« La mer est entre nous », dit-elle.
Je dis : « Je suis un navigateur avisé. »
« Sept frères m’entourent », dit-elle.
Je dis : « Je suis vainqueur et indomptable. »
« Dieu est au-dessus de nous », dit-elle.
Je dis : « Il est le Clément et le miséricordieux. »
« Tu répond à tout, dit-elle,
Vient lorsque le veilleur sommeille,
Tombe sur nous comme la rosée.
La nuit, il n’y a ni accusateur ni censeur. »

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