Rêveries d’un promeneur solitaire – Jean-Jacques Rousseau

En 1778, quand Jean-Jacques Rousseau rédige encore Les Rêveries d’un promeneur solitaire, il est au crépuscule de sa vie. Il mourra subitement quelques semaines plus tard. Celui qui fut à la fois philosophe, théoricien de la politique et de la pédagogie, mais surtout auteur d’œuvres radicalement novatrice, renonce à se défendre contre ses ennemis pour laisser son esprit vagabonder parmi les souvenirs. Rousseau, dont l’œuvre autobiographique répond à une exigence de transparence absolue, consacre ses derniers jours à l’évocation des moments révolus dans lesquels il décèle la vérité. Les dix « promenades » qui constituent le volume ne suivent d’autre ordre que celui dicté par sa mémoire affective et le rythme de l’écriture.

C’est dans la 1re Promenade que Jean-Jacques Rousseau décrit le dessein de l’ouvrage : consacrer ses derniers jours à s’étudier. Dans la deuxième, il relate comment un incident (la chute que provoqua la course d’un chien danois tandis qu’il se promenait à Ménilmontant) lui fait entrevoir ce que doit être la mort. La IIIe Promenade est une réflexion sur la vieillesse comme préparation sereine à la mort, moment de pais intérieure. Puis, dans la quatrième, ressurgit un souvenir déjà mentionné dans Les Confessions : l’épisode du ruban volé, associé à une torturante culpabilité. Les trois Promenades suivantes sont un hymne à la nature. Rousseau qui collabora à l’Encyclopédie, botaniste averti autant que passionné, y exprime son sentiment de communion heureuse avec les paysages suisses. La VIIIe Promenade rompt brutalement avec le lyrisme des précédentes. L’auteur, en effet évoque le complot dont il fut victime. Mais l’aigreur des Confessions laisse place ici à un détachement que lui autorise son actuelle quiétude. Avant de rendre un dernier hommage à Mme de Warens, celle qu’il aura toujours aimée tendrement, il témoigne de son affection pour les enfants et la joie que lui procure les plaisirs les plus simples. Rousseau, brutalement emporté par la mort, laissera la Xe Promenade inachevée. Avec Les Rêveries, il lègue un de ses textes les plus émouvant parce que le plus sincère.

« Les Rêveries du promeneur solitaires » ont deux versants, l’un tourné vers l’homme, c’est le versant obscur, l’autre vers la nature, c’est le versant clair. Mais la lumière et l’ombre ne se partagent pas le livre en deux moitiés, elles sont presque partout mélangées. Rousseau livre son dernier combat. Si la vie lui est insupportable, c’est d’abord la faute de son cœur.

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