Gite – Julio Cortázar

L’univers des nouvelles de Gîtes révèle toujours en son centre une faille. Le point commun de tous ces récits réside dans l’existence d’un monde ordonné, instituant des habitudes en lois et en règles mécaniquement appliquées, comme pour conjurer la menace d’une autre existence qui finit quand même par surgir. L’univers toujours parfait d’un appartement bourgeois pousse un homme à vomir des lapins puis à se donner la mort (Lettre à une amie). Des hôtes mystérieux prenne peu à peu possession d’une maison dont ils chassent les occupants (Maison occupée). Une petite fille désire protéger une femme qu’elle aime contre un homme menaçant, et voilà que son désir se matérialise en un tigre qui tue l’homme (Bestiaire). La découverte d’un double (Une Fleur jaune, Récit sur fond d’eau) ou d’un monde différent du sien (La Fanfare) sème soudain le doute sur la certitude qu’on peut avoir de sa propre existence. La culpabilité liée à la mort d’un être cher fait surgir celui-ci au sein d’un couple mal assorti (Lettre de maman). Le regard des autres, incarnant une certaine normalité, devient une menace pour l’être différent (L’Autobus, La Promenade)

Dans les nouvelles de Gîtes, l’étrangeté se manifeste principalement à travers les métaphores spatiales ou animales. L’espace du dedans (maison, chambre) se trouve menacé par un dehors inquiétant, projection d’un désir ou d’un élément refoulé de la vie consciente. Cet espace constitue souvent un microcosme autosuffisant (maison située à l’écart de l’île) où la société se réduit à celle d’un frère, d’une soeur, d’un reflet de son propre « moi » ou d’un conjoint devenu au fil des années un élément fraternel, univers incestueux auquel seuls la fuite, la mort ou le rêve offrent une échappatoire. Au cœur de ce monde clos, l’animal (panthère, tigre, fourmis) représente le désir sexuel ou de mort et, plus généralement, le retour d’une réalité refoulée.

Si pour l’auteur le conte est un moyen d’exorciser ses propres « névroses, cauchemars et hallucinations », c’est aussi « une présence hallucinante qui s’installe dès les premières phrases pour fasciner le lecteur, le faire perdre contact d’avec la pâle réalité environnante, l’immerger dans un autre réel, plus intense, plus impérieux »

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