Voleur (Le) – Georges Darien

« Il ne faut pas manger tes ongles, parce qu’ils sont à toi. Si tu aimes les ongles, mange ceux des autres. » Tel est le principe que Georges Randal, le héros du Voleur, suivra toute sa vie. Victime de l’escroquerie de son oncle qui le dépouille de son héritage, il décide de devenir voleur à son tour. Le livre mêle alors les récits de cambriolages, les rencontres de malfrats en tous genres (banquiers, notaires, hommes d’affaires), les discussions passionnées sur l’anarchie, les mœurs d’une société décadente ou les méfaits du christianisme. Randal nous fait partager ainsi ses amours, en particulier sa passion malheureuse pour sa cousine Charlotte. A chaque page, la bourgeoisie apparaît dans un état de décomposition avancée. « Les êtres humains sont traités comme du bétail, notre déchéance mentale est affreuse. »

Là est en réalité le sens du Voleur : ni roman policier ni récit psychologique ni apologie du vol, mais un roman de l’accusation sociale. A travers la figure d’un homme libre, Darien dénonce le pourrissement d’un monde qui permet et encourage le vol légal. Il appelle à la révolte contre une société qui ligote les individus. Pour éviter la lourdeur polémique du pamphlet, Darien sait recourir à tous les ingrédients du roman-feuilleton : titre et chapitres évocateur, raccourcis de l’intrigue, coïncidences fatales, discours excessifs.

Son récit mélange tous les registres : humour et ironie, désespoir, aphorisme ou portraits concis, commentaires du narrateur qui soudain brisent le dialogue et marque la distance, car il y a du dandy baudelairien chez ce « Voleur« . Mais la négation généralisée n’empêche pas un ton allant, une agressivité joyeuse et roborative, une énergie communicative qui entraîne le lecteur, et le pousse à réfléchir. Présenté comme la confession du « Voleur » – c’est en effet un voyageur qui trouve son journal dans une chambre d’auberge -, ce roman est peut-être en partie biographique, la vie de Darien comportant une large part de mystère.

Peu importe à Darien la poésie, et que l’intrigue de son roman soit insoutenable : à travers Le Voleur, il est visible que rien ne l’a tant passionné que de s’inscrire en faux contre toutes les raisons que la société développe pour convaincre l’individu qu’il n’a pas à broncher et, s’il n’est pas satisfait, qu’il ne lui reste qu’à s’en remettre à quelque Eglise ou à quelque parti du soin de son salut.

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