Rhinocéros (Le) – Eugène Ionesco

Treize ans après la création de La Cantatrice chauve, Ionesco atteint avec Rhinocéros une notoriété mondiale. Rhinocéros réussit à sa manière une synthèse dans l’œuvre de Ionesco, entre l’invention et le retour à un certain classicisme. C’est peut-être ce qui explique le succès fabuleux de la pièce, servie par des metteurs en scène aussi prestigieux que Jean-Louis Barrault et Orson Welles.

L’intrigue divisée en trois actes, est simple, linéaire et « naïve ». Nous sommes sur la place d’une petite ville de province : un café, une épicerie, une petite société typique, à la Marcel Pagnol – mais aussi un « Logicien », Bérenger, son ami Jean. L’animation enjouée du lieu est troublée par les barrissements qui vont vite trouver son origine : un rhinocéros. Chacun propose une hypothèse explicative ; mais une querelle à l’enjeu très tenu éclate entre Jean et Bérenger, qui se séparent brouillés.

Le second acte nous entraine d’abord dans le bureau où Bérenger est employé : y apparaissent ses collègues, son patron, M. Papillon, et Daisy, la secrétaire dont il st amoureux. On évoque l’événement tandis que se manifeste les premières métamorphoses en rhinocéros et les déprédations qu’elles entrainent. Dan un second tableau, Bérenger assiste, impuissant et inquiet à la propre métamorphose de Jean.

L’acte trois est celui du débat : une discussion philosophique s’engage sur la nécessité ou non de résister aux ravages de l’épidémie. Tous, même Daisy succomberont à la « rhinocérite » – sauf Bérenger : « Je suis le dernier homme… Je ne capitule pas »

Tiré d’un récit de rêve, Rhinocéros à la puissance d’invention onirique des meilleures pièces de Ionesco : sur fond de réalisme, même très conventionnel – la ville et son microcosme social, les rhinocéros ont la force d’une vision de cauchemar trop crédible. Si l’on assiste à de véritables débats d’idées sur l’opportunité d’une résistance à la nouvelle norme, le langage, ici encore, à la poésie et la drôlerie du mécanisme trop bien agencé. Ionesco, pourtant, se défend d’avoir fait une pièce comique : « Je ne fais pas de littérature, je fais du théâtre ».

Mais la grande nouveauté de Rhinocéros dans l’itinéraire dramatique de Ionesco, c’est l’introduction de la signification. La pièce est selon son auteur, une parabole : celle de la lutte presque involontaire, probablement impuissante mais irrépressible, de l’individu contre le nazisme. Rhinocéros serait ainsi une pièce didactique. Mais c’est précisément d’identification et nécessité d’une distanciation qui fait la force du message, humaniste de Rhinocéros.

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