Lettres persanes – Montesquieu

A en croire les historiens, la gloire de Montesquieu ne vient pas de sont œuvre littéraire, mais bien plutôt de sa pensée politique, incarnée dans son livre L’Esprit des lois. Face à cela, les Lettres persanes, parues en 1721, apparaissent plutôt comme une œuvre de jeunesse, très réussie certes, mais sans autre ambition que de séduire. Pourtant, derrière le raffinement des atmosphères et la fine critique des mœurs, on reconnait déjà, de façon discrète mais réelles, les premiers germes d la pensée politique du Montesquieu de la maturité.

Usbek est un Persan contraint momentanément de quitter sa patrie pour des motif politiques. Accompagné de son ami Rica, il profite de son exil pour partir découvrir la lointaine Europe. Malgré le dépaysement occasionné par ce voyage exceptionnel, Usbeck ne peut s’empêcher d’être ronger d’inquiétude : ses femmes, qui représentent l’orgueil de sa vie, sont restées en Perse, enfermées aux sérail, n’ayant pour seuls gardiens que des eunuques et leur propre vertu. Or, le voyage promet d’être très long, sans doute plusieurs années : comment être sûr du comportement des femmes ? Pour se tranquilliser, Usbek entretient avec la Perse une abondante correspondante, dans laquelle alternent récits du voyages et questions sur le sérail. De fait, en Europe, les deux voyageurs vont de surprises en surprises quant aux mœurs et coutumes des habitants : c’est l’occasion d’écrire des lettres très riches . Rica nous dresse de savoureux portraits, tandis qu’Usbek préfère méditer sur les faiblesses des régimes politiques européens. Mais voilà que les nouvelles du sérail deviennent alarmantes : les femmes perdent toute discipline, et même toute pudeur. Des hommes sont surpris à rôder dans le sérail. Usbek décide de rentrer au plus vite…

Les Lettres persanes eurent d’abord un succès si prodigieux que les libraires mirent tout en usage pour en avoir des suites. Ils allaient tirer par la manche tous ceux qu’ils rencontraient : « Monsieur, disaient-ils, faites-moi des Lettres persanes. »

« Être vrai partout », telle est la règle que s’est donnée Montesquieu. Le genre de la lettre permettait à Montesquieu de passer avec désinvolture d’un sujet à l’autre et de présenter tour à tour des aspects variés de son souple talent.

A la fin des Lettres persanes, le lecteur n’aura pas seulement assisté à la confrontation de la morale de Paris et de celle d’Ispahan. Il aura fait en esprit le tour du monde. Il aura parcouru tous les lieux illustres de l’histoire : la Judée, la Grèce, Rome. Et, découvrant la relativité des absolus qu’on révère en divers lieux et en divers temps, il aura senti la nécessité de s’élever à l’universel.

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