Homme (L’) qui regardait passer les trains – Georges Simenon

Jusqu’à cette soirée où il croise son patron dans un toquet minable, Kees Popinga, bourgeois de Groningue, mène une existence sans histoires, partagée entre sa profession de comptable, son foyer et ses parties d’échecs. Avec un cynisme méprisant, Julius de Coster lui apprend que la justice va le poursuivre pour avoir escroqué sa propre entreprise. C’est pourquoi il va prendre le large après avoir simulé un suicide.

Le lendemain, empli d’une assurance nouvelle, Popinga prend un des trains qu’il regardait naguère avec envie et disparaît à son tour. A Amsterdam, il étrangle l’ancienne maitresse de son patron, parce qu’elle a repoussé ses avances en se moquant de lui. A Paris, une prostituée, Jeanne Rosier, l’aide à se cacher dans le milieu. Mais Popinga a flairé un piège et s’enfuit de la chambre où les malfrats l’on enfermé avant de blesser Jeanne qui s’est refusée à lui.

Les journaux s’emparent de l’affaire et, à coups d’articles sensationnels, donnent de Popinga une image de fou dangereux, peu conforme à sa réalité intime. Alors, autant par défi que pour attirer le regard des foules, il entreprend de révéler sa personnalité secrète par des lettres adressée à la police et aux journaux. Rien n’y fait. Le malentendu reste entier car les autres ne l’admettent pas tel qu’il est. Son aventure prend fin le long des rails de chemin de fer, dans la grisaille d’une banlieue où il est privé de toute ressource à la suite du vol de son portefeuille. Serré de près par la police, il cherche à se suicider en rendant son visage méconnaissable pour empêcher toute identification. Au préalable, une lettre expédiée à la presse aura décrit la destinée exemplaire d’un Popinga arrivé au sommet de la gloire sous un nom d’emprunt. L’être s’efface au profit de l’image : bien que dérisoire ce message est sa dernière chance d’imposer une légende à la mesure de ses prétentions narcissiques…

Lorsde sa fugue, le héros a beau prendre le contre-pied des valeurs en usage dans sa lasse d’origine, sa conscience demeure obscurcie par l’observance viscérale des codes appris et par le rôle écrasant dévolu à l’autre, qu’il soit représenté par la presse, la police ou l’opinion publique. Comme d’autres de ses héros, il demeure enchaîné à ses illusions, incapable d’admettre que son entreprises faussement libératrice repose sur un malentendu fondamental. Tout à la jubilation de bousculer les interdits, il discerne mal que ses aliénations originelles perdurent et qu’il continue de flotter à la surface des choses, coupé de la vérité. Toutefois, au fur et à mesure que les expériences de vie s’accumulent, les chimères s’estompent jusqu’à ce que s’entrouvrent les portes de la connaissance. Aveuglé au cours de son existence bourgeoise mais aussi pendant une bonne partie de sa fugue initiatique, le héros finit par briser la coquille des faux semblants psychologiques et sociaux, ce qui le dote d’une lucidité susceptible de l’aider à voir plus clair en lui. Ce roman a été adapté au cinéma par Harold French sous le titre The Man who watched train go gy en 1953 avec Claude Rains dans le rôle de Popinga.

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