Rose-croix – L’âge d’or

On connait l’origine de la croix, bois de supplice du Christ, instrument de la Passion et, en même temps, « arbre de vie » par ou s’écoule le sang divin du Sauveur, fleuve qui s’épanche dans les quatre directions de l’espace, faisant retenir en « verger » la terre gaste des romans du Graal. Mais quelle est l’origine de la rose ?

C’est la plus belle fleur que nous connaissons tant par son éclat que par son parfum. Les peuples de l’Antiquité connaissait déjà la rose. En Egypte, on en faisait venir des plantations d’Asie Mineure. Les roses d’Ispahan Perse) sont célèbres, et en Occident la « rose de Provins » est une espèce fort appréciée de couleur rouge, introduite dans nos pays par le comte de Champagne, Thibaud V. à son retour de Terre sainte où il avait fréquenté les Templiers. Le comte prit cette fleur pour emblème, la posa sur ses armes, d’où elle passa au Lancastre (ce qui explique plus tard la « guerre des deux roses« ). La rose à ne pas douter est née dans les jardins de l’Orient : Turkestan, Gulistan, région du Khorassan et de Samarkand, comme le signe visible d’une réalité invisible exprimée par quelques pétales et un parfum.

L’examen symbolique de la rose, en dehors de sa poésie naturelle inimitable, est chargée d’une triple signification : alchimique, géométrique et initiatique.

  • Alchimique : dans la main de la Vierge elle symbolise la connaissance des mystères du Grand-Œuvre. Rose rouge ou rose d’or, elle est synonyme de la « rubification » ou « parergon ». Elle appartient originellement à la Vierge noire du Cantique des cantiques.
  • Géométrique : elle a traditionnellement cinq, huit, douze ou quinze pétales, liés aux correspondances sacrées de Pythagore et aux mathématiques secrètes.
  • Initiatique : symbole de connaissance intégrale, d’illumination par l’ouverture des centres vitaux, puisque les saints comme les yogis font « fleurir les roses ». C’est dans ce sens qu’il faut comprendre l’expression « découvrir le pot aux roses ».

Unies ensemble, la croix et la rose se complète comme la lance et la coupe des récits arthuriens. L’une est symbole actif viril, l’autre symbole passif, féminin, liées la première au Soleil et la seconde à la Lune, l’une à la Lumière et l’autre à son reflet dans le créé. Mais la manifestation est liée à son principe, et l’on ne peut imaginer de même, une « vie divine » qui n’agirait pas. C’est pourquoi, la Rose-Croix exprime admirablement le mariage et l’intelligence divine et du monde, sur tous les plans de la création, en même temps que le refus de toute dualité.

Lorsque, dans le symbolisme universel, on utilise pas la rose (inconnue dans certains pays), on se sert alors du lotus (Extrême Orient), bien que cette fleur aquatique ne revête pas la même signification « angélique »

En tout cas, si la connaissance sub rosa à bien appartenu à la Fraternité Rose-Croix, rien ne dit cependant que l’état de rose-croix, fait d’amour et d’illumination intérieure, ne puisse appartenir à telle ou telle personnes déterminées, indépendamment des chaînes initiatiques classiques.

Quant aux sciences er connaissances attribuées à la Fama et à ses adeptes, certains n’ont pas hésité à les gratifier du savoir le plus étendu dans tous les domaines… ou peu s’en faut. Ainsi, pour F. Ribadeau-Dumas : « Les rose-croix pratiquaient, en mécanique, les miroirs d’Archimède, en architecture les « sept merveilles », les automates d’Archytas, de Bacon, de Maitre Albert, les miroirs, le feu perpétuel. En arithmétique, c’était la rytmomachie, l’usage et le secret de la roue de Pythagore et de ses nombres s’élevant jusqu’à celui de Dieu. En musique, celle de la nature et de l’harmonie des choses. En géométrie, la quadrature du cercle.« 

Même s’il ne vient pas en droite ligne de l’Egypte ancienne – on peut supposer que les relais furent nombreux : Grèce, Rome, Alexandrie, Naples, Venise, Lyon, Edimbourg, Nuremberg -, l’héritage rosicrucien, s’il apparaît nommément seulement au début des temps modernes, au XVIIe siècle, a des antécédents historiques infiniment vénérables, antérieurs à la Renaissance et que l’on trouve déjà constitués au Moyen Age, temps de renouveau prodigieux.

Ne trouve-t-on pas en 1410, en Italie, le mouvement de la « Fede Santa », reliant les « Fidèles d’Amour », avec la rose héraldique pour emblème, cette même rose que Dante place au sommet de son Paradis. Dès 1570, Cornélius Agrippa et Paracelse, fondateur de la Pansophie, deviendront officiellement des frères de la Rose-Croix d’or. Un manuscrit du XVIIIe siècle, de l’hermétiste Michel Maier, vient confirmer cette date comme étant celle de la « renaissance » de la Société des hommes sages.

L’appartenance du grand médecin Paracelse (fondateur de l’homéopathie) à la Fratrum Rosae Crucis ne fait aujourd’hui aucun doute. Les œuvres du célèbre spagyriste helvétique ne se présentent-elles pas sous la forme de volumes marqués de la lettre R ou d’une rose ?

Un autre trait qui range Paracelse parmi les rose-croix est le fait qu’il soignait gratuitement les malades ordinaires (pauvres, paysans, artisans), attitude qui correspond au vœu exprimé par le manifeste de 1614 de la Fama Fraternitatis.

Dans le domaine du symbolisme rosicrucien, il existe en Europe un témoignage plus ancien et irréfutable, en l’espèce d’un graffiti dû à un certain frère Guyot du couvent des Carmes de Loudun, et qui fut répertorié avant la Seconde Guerre mondiale par le savant érudit L. Charbonneau-Lassy. Ce dessin, (plutôt une gravure au couteau ) se trouve dans l’escalier de la chapelle du monastère. Il montre une rose chargée du svastika, suivie d’une signature en écriture gothique décadente du XIVe siècle.

A cela, il faut ajouter un témoignage de poids, celui de Luther (1483 – 1546). Le fondateur du protestantisme, ancien moine augustin, connut, dans le château de la Wartburg où il s’était réfugié avant de rompre définitivement avec Rome, une expérience mystique qui devait le marquer sa vie durant. C’est alors qu’il méditait dans sa chambre, dont les fenêtres donnaient sur l’horizon de la forêt, que Martin vit soudain se présenter à lui un personnage qui se disait mandaté par des puissances supérieures et lui confia la mission de « ramener le christianisme dans la voie de la pureté christique ».

Le pas était franchi. Le « Docteur hyperbolique » rejeta désormais le tutelle papale et, rompant avec le catholicisme, fonda une Eglise allemande qui allait entraîner une partie de l’Europe dans la voie de la révolte spirituelle. En gage de son affiliation rosicrucienne, Luther blasonna son écu « d’un cœur percé d’une croix dans une rose », ses armes étant accompagnées de la devise :

« Le cœur du Christ vient sur les roses
Quand la croix se trouve au milieu et en dessous.
« 

Il faudrait encore citer dans l’illustre cohorte Jean Trithème, abbé de Spannheim, magicien et astrologue qui utilisait pour ses expériences un cristal magique, sorte de polyèdre en cristal de roche aux propriétés supranaturelles. Cet ecclésiastique peu commun, né en 1462 à Trittenheim, près de Trèves, se fit moine bénédictin et devint abbé de son monastère à l’âge de 22 ans. Il mourut en Bavière en 1516, soit un an avant la publication des 95 thèses hérétiques de Luther.

Jean Trithème a laissé une œuvre considérable réunie en quatre volume. Le plus curieux d’entre ces livres reste la Stéganographie, qui se présente comme un code secret d’écriture à message ésotérique. Dans un autre petit traité intitulé Les Causes secondes, l’abbé bénédictin développe des thèmes qui seront repris plus tard dans les Noces chymiques. La cosmogonie de l’abbé Spannheim inspira des rosicruciens tardifs : Francis Bacon et Robert Fludd, tous deus natifs d’outre-Manche.

Il est intéressant de noter que c’est par les alchimistes britanniques John Dee et Edward Kelley, habitués des cours allemandes et du Hradschin de Prague, palais de l’empereur Rodolphe II, féru de magie et de sciences occultes, que, dès 1583, les idées qui devaient plus tard connaitre un succès éclatant faisaient leur cheminement souterrain dans les esprits, préparant les voies aux manifestations officielles du mouvement rosicrucien, né des contacts nombreux entre hermétistes allemands et anglais en milieu protestant.

Jean Trithème ne fut-il pas encore le professeur du grand Paracelse ? Plus tard, lors de la Contre-Réforme, cela lui valut de figurer dans le même « fourgon » que Luther pour sa tentative – combattue par le Saint-Siège – d’imposer dans les ordres réguliers de profonds bouleversements.

Mais peut-être faut-il revenir, après ce tour d’horizon des « constellations » rosicruciennes, vers le personnage central qui est à l’origine des manifestes et livres de la Fama : Jean-Valentin Andreä. Nous avons parlé de son tempérament de grand voyageur, de son acharnement au travail et de ses recherches continuelles en philosophie hermétique. Avant de mourir à Stuttgart, le mystique allemand dicta une lettre (restée inachevée) où il nomme son bienfaiteur : le Soleil. Ne faut-il voir là quelques analogies plus ou moins marquées avec le travail d’ « Elie Artiste » ?

Dans ces manifeste, Andreä n’hésite pas à prôner d’étranges pratiques peu conformes aux vue de son temps : ascétisme, continence et renoncement sexuel, le tout en se mêlan à des prophéties annonçant le retour de l’Age d’or comme prochain, en reprenant la prophétie e la Sybille de Cumes, que Virgile avait fait connaitre :

 » La céleste Aurore va jaillir, qui apportera avec ses purs rayons le jour sacré vers lequel de nombreux cœur pieux ont un désir maladif après la fin de la sombre nuit saturnale, au reflet de la Lune ou des maigres étincelles de la sagesse céleste qui se rencontre encore parmi les hommes avec son éclat bien terni, et qui est un messager de l’aimable Soleil. A la clarté de ce jour, tous les trésors célestes ainsi que tous les objets invisibles et cachés dans les secrets du monde pourront être reconnus comme vrais et vus suivant la doctrine des premiers prêtres.« 

Après cette première divulgation et la parution de la Confession Fratum Rosae Crucis, adressée à tous les savants et dirigeant de l’Europe, le retentissement fut immense et n’alla qu’en s’amplifiant, suscitant nouveaux livres, attaques et controverses.

Le thème centrale des Noces Chymiques, analogie des sept phases du Grand-Oeuvre, transposée en un voyage initiatique sous la conduite d’une femme très belle, incarnation de la Sagesse, guidant le néophyte d’étape en étape et d’épreuve en épreuve jusqu’à la réalisation finale (obtention de la Toison d’or), ce récit symbolique devait exercer une influence durable sur l’élite cultivée du XVIIe siècle. Dans sa Nova Atlantis, Francis Bacon, chancelier d’Angleterre, s’inspire en partie des thèmes des Noces et laisse deviner un attrait pour la rose des sages tout en préfigurant l’idéal de la Franc-maçonnerie écossaise qui s’exprimera un siècle plus tard. Qui plus est, Bacon poussa l’audace jusqu’à publier plusieurs traités sur les rose-croix. On donne encore le chancelier pour le véritable auteur des œuvres attribuées à Shakespeare !

Dans la même veine, Robert Fludd, Anglais lui aussi, appartint à la même mouvance rosicrucienne. Ce disciple et admirateur de Paracelse, hermétisme et néoplatonicien de talent, a laissé des œuvres superbement illustrées de gravures in folio.

Ses livres offres un système complet des correspondances entre macrocosme et microcosme selon le schéma gnostique de l’émanation. Classé parmi les théosophes, Fludd fut à la fois un écrivain de talent et un esprit mystique tourné vers la méditation et la contemplation intérieure.

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