Entretiens – Confucius

N’est-il pas extraordinaire qu’un texte aussi court que les Entretiens ou Louen Lu, dont l’initiateur est un personnage quasi légendaire et dont le message ne se réclamait d’aucune divinité, ait eu sur le peuple le plus nombreux de la terre une influence aussi importante et aussi constante ? Car si les Entretiens de Confucius, par leur contenu, évoquent plutôt les Essais de Montaigne ou les Dialogues de Socrate, la révolution sociale qu’ils ont entrainée fait que c’est aux seuls Evangiles qu’ils peuvent être vraiment comparés.

Les paroles du Maître ont été compilées à sa mort par des disciples et devinrent le support d’une longue tradition de commentaires, objets d’étude pour les générations qui se sont succédé en Chine jusqu’à l’avènement du XXe siècle.

Les Entretiens se présentent comme une collection de paroles du Maître, de dialogue et de courtes anecdotes. Le Maître s’adapte à son auditoire, pousse l’un, retient l’autre. Son ton est parfois doctoral, parfois empreint d’humour.

L’ « étude » : tel est le premier mot des Entretiens et non le moins important. Ce à quoi le Maître fait allusion, ce n’est pas une connaissance spécialisée qui forme des techniciens mais à un savoir généraliste, une étude des Anciens jamais dissociée de la pratique en une recherche constante de perfectionnement.

La  » piété filial « , pilier de l’ordre – ou plutôt de l’harmonie sociale -; a pour corollaire le respect dû au souverain. Celui-ci n’exclut cependant pas la loyauté à sa propre conscience. Faite du goût de l’étude, du sentiment de la piété filiale, mais aussi de la bonne foi, de la tolérance, voire de l’amour du prochain, la  » vertu  » suprême, bien qu’inatteignable, doit être l’objet d’une quête constante de la part de l’honnête homme. Enfin, non pas lois arbitraires, mais règles coutumières offrant un support aux vertus, les  » rites  » régissent la société telle que la désirait la Maître.

Une lecture incomplète ou superficielle des Entretiens fait parfois croire que Confucius était une sorte de pédant formaliste et vétilleux, ou pire, un activiste imbu de l’importance de ses entreprises, et perpétuellement dévoré d’un prurit de bien-agir. La réalité est toute différente.

Tout son système moral et presque tout son système philosophique semblent avoir été fondés sur l’importance accordée à la nature humaine.

Confucius appartient à cette poignée d’hommes dont la personnalité, les dons intellectuels et les actes ont eu une profonde influence sur l’histoire de l’humanité.

EXTRAITS

1.6 – Le Maître dit :  » Un jeune homme, dans la maison, doit aimer et respecter ses parents. Hors de la maison, il doit respecter ceux qui sont plus âgés ou d’un rang plus élevé que lui. Il doit être attentif et sincère dans ses paroles ; aimer tout le monde, mais se lier plus étroitement avec les hommes d’humanité. Ces devoirs remplis, s’il lui reste du temps et des forces, qu’il les emploie à l’étude des lettres et des arts libéraux.  »

2.6. Meng-wou-pe, demanda ce que c’était que la piété filiale. Le Philosophe dit :  » Il n’y a que les pères et les mères qui s’affligent véritablement de la maladie de leurs enfants. « 

3.7 – Tseu-Yeou demanda ce que c’était que la piété filiale. Le Philosophe dit :  » Maintenant, ceux qui sont considérés, comme ayant de la piété filiale sont ceux qui nourrissent leurs père et mère ; mais ce soin s’étend aux chiens et aux chevaux ; car on leur procure aussi de la nourriture. Si on n’a pas de vénération et de respect pour ses parents, quelle différence y aurait-il dans notre manière d’agir. « 

2.13 – Tseu-koung demanda quel était l’homme supérieur. Le Philosophe dit : « C’est celui qui d’abord met ses paroles en pratique, et ensuite parle conformément à ses actions « 

2.14 – Le Philosophe dit :  » L’homme supérieur ou celui qui dirige est celui qui a une bienveillance égale pour tous, qui est sans égoïsme et sans partialité. L’homme vulgaire est celui qui n’a que des sentiments d’égoïsme sans dispositions bienveillantes pour tous les hommes en général. « 

2.17 – Le Philosophe dit :  » Yeou, savez-vous ce que c’est que la science ? Savoir que l’on sait ce que l’on sait, et savoir que l’on ne sait pas ce que l’on ne sait pas : voilà la véritable science.  »

2.18 – Tseu-tchang étudia dans le but d’obtenir les fonctions de gouverneur. Le Philosophe lui dit :  » Ecoutez beaucoup, afin de diminuer vos doutes ; soyez attentif à ce que vous dites afin de ne rien dire de superflu ; alors vous commettrez rarement des fautes. Voyez beaucoup, afin de diminuer les dangers que vous pourriez courir en n’étant pas informé de ce qui se passe. Si dans vos paroles il vous arrive rarement de commettre des fautes, et si dans vos actions vous trouvez rarement une cause de repentir, vous possédez déjà la charge à laquelle vous aspirez. « 

2.19 – Ngaï-koung, prince de Lou fit la question suivante : « Comment ferai-je pour assurer la soumission du peuple ? Le Philosophe lui répondit : Elevez, honorez les hommes droits et intègres ; abaissez, destituez les hommes corrompus et pervers ; alors le peuple vous obéira. Elevez, honorez les hommes corrompus et pervers ; abaissez, destituez les hommes droits et intègres, et le peuple vous désobéira.  »

A propos de l’homme supérieur

3.16 – Le Philosophe dit :  » L’homme supérieur est influencé par la justice ; l’homme vulgaire est influencé par l’amour du gain. « 

3.17 – Le Philosophe dit :  » Quand vous voyez un sage, réfléchissez en vous-même si vous avez les mêmes vertus que lui. Quand vous voyez un pervers, rentrez en vous-même et examinez attentivement votre conduite. « 

15.17 – Le Philosophe dit :  » L’homme supérieur fait de l’équité et de la justice la base de toutes ses actions. Les rites forment la règle de sa conduite ; la déférence et la modestie le dirigent au-dehors. La sincérité et la fidélité lui servent d’accomplissement. N’est-ce pas un homme supérieur ? « 

15.18 – Le Philosophe dit :  » L’homme supérieur s’afflige de son impuissance à faire tout le bien qu’il désire ; il ne s’afflige pas d’être ignoré et méconnu des hommes. « 

15.19 – Le Philosophe dit : « L’homme supérieur regrette de voir sa vie s’écouler sans laisser après lui des actions dignes d’éloges.  »

15.20 – Le Philosophe dit :  » L’homme supérieur ne demandera rien qu’à lui-même ; l’homme vulgaire et sans mérite demande tout aux autres. « 

15.21 – Le Philosophe dit :  » L’homme supérieur est ferme dans ses résolutions, sans avoir de différent avec personne ; il vit en paix avec la foule, sans être de la foule. « 

15.22 – Le Philosophe dit :  » L’homme supérieur ne donne pas de l’élévation à un homme pour ses paroles ; il ne rejette pas des paroles à cause de l’homme qui les a prononcées. « 

15.23 – Tseu-koung fit une question en ces termes : Y-a-t-il un mot dans la langue que l’on puisse se borner à pratiquer seul jusqu’à la fin de l’existence ? Le Philosophe dit : Il y a le mot chou, dont le sens est :  » Ce que l’on ne désire pas qui nous soit fait, il ne faut pas le faire aux autres.  »

9.25 – Le Philosophe dit :  » A une armée de trois divisions (un corps de 37 000 hommes) on peut enlever son général et la mettre en déroute ; à l’homme le plus abject ou le plus vulgaire, on ne peut enlever sa pensée. « 

11.11 – Ki-lou demanda comment il fallait servir les esprits et les génies. Le Philosophe dit :  » Quand on n’est pas encore en état de servir les hommes comment pourrait-on servir les esprits et les génies ? Permettez-moi, ajouta t-il, que j’ose vous demander ce que c’est que la mort ? Le Philosophe dit :  » Quand on ne sait pas encore ce que c’est que la vie, comment pourrait-on connaitre la mort ?

12.2 – Tchoung-koung demanda ce que c’était que la vertu de l’humanité. Le Philosophe dit :  » Quand vous êtes sorti de chez vous, comportez-vous comme si vous deviez voir un hôte d’une grande distinction ; en dirigeant le peuple, comportez-vous avec le même respect que si vous offriez le grand sacrifice. Ce que vous ne désirez pas qui vous soit fait à vous-même, ne le faites pas aux autres hommes. En vous comportant ainsi, dans le royaume, personne n’aura contre vous de ressentiment  »

Les six maximes et les six défauts

17.8 – Le Philosophe dit :  » Yeou, avez-vous entendu parler des six maximes et des six défauts qu’elles impliquent ? Le disciple répondit avec respect : jamais – Prenez place à côté de moi, je vais vous les expliquer.

 » L’amour de l’humanité, sans l’amour de l’étude à pour défaut l’ignorance ou la stupidité ;
L’amour de la science sans l’amour de l’étude, a pour défaut l’incertitude ou la perplexité ;
L’amour de la sincérité et de la fidélité, sans l’amour de l’étude a pour défaut la duperie ;
L’amour de la droiture, sans l’amour de l’étude, a pour défaut une témérité inconsidérée ;
L’amour du courage viril, sans l’amour de l’étude, a pour défaut l’insubordination ;
L’amour de la fermeté et de la persévérance, sans l’amour de l’étude, a pour défaut la démence, ou l’attachement à une idée fixe.  »

20.2 – Tseu-tchang demanda : Comment pensez-vous que l’on doive diriger les affaires de l’administration publique ? Le Philosophe dit :  » Honorez les cinq choses excellentes, fuyez les quatre mauvaises actions, voilà comment vous pourrez diriger les affaires de l’administration publique. « 
Tseu-tchang dit : Qu’appelez-vous les cinq choses excellentes ? Le Philosophe dit :  » L’homme supérieure, qui commende aux autres, doit répandre des bienfaits sans être prodigue ; exiger des services du peuple, sans soulever ses haines ; désirer des revenus suffisants, sans s’abandonner à l’avarice et à la cupidité ; avoir de la dignité et de la grandeur, sans orgueilleuse ostentation et de la majesté sans rudesse. « 

Tseu-Tchang dit : Qu’entendez-vous par être bienfaisant sans prodigalité ? Le Philosophe dit :  » Favoriser continuellement tout ce qui peut procurer des avantages au peuple, en lui faisant du bien, n’est-ce pas là être bienfaisant sans prodigalité ? Déterminer, pour les faire exécuter par le peuple, les corvées qui sont raisonnablement nécessaires, et lui imposer, qui pourrait s’en indigner ? Désirer seulement tout ce qui peut être utile à l’humanité, et l’obtenir, est-ce là de la cupidité ? Si le chef d’Etat n’a ni une trop grandes multitude de populations ni trop petit nombre ; s’il n’a ni de trop grandes ni de trop petites affaires ; s’il n’ose avoir de mépris pour personne : n’est-ce pas là le cas d’avoir de la dignité sans ostentation ? Si l’homme supérieur compose régulièrement ses vêtements, s’il met de la gravité et de la majesté dans son attitude et sa contenance, les hommes le considéreront avec respect et vénération, n’est-ce pas là de la majesté sans rudesse ? « 

Tseu-tchang dit : Qu’entendez-vous par les quatre mauvaises actions ?
Le Philosophe dit :  » C’est ne pas instruire le peuple et le tuer moralement en le laissant tomber dans le mal ; on appelle cela cruauté ou tyrannie : c’est ne pas donner des avertissements préalables, et paraître exiger une conduite parfaite ; on appelle cela violence, oppression : c’est différer de donner des ordres, et vouloir l’exécution d’une chose aussitôt qu’elle est résolue ; on appelle cela injustice grave ; de même que, dans ses rapports journaliers avec les hommes, montrer une sordide avarice, on appelle cela se comporter comme un collecteur d’impôts.  »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site vous est proposé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

Créez votre site Web avec WordPress.com
Commencer
%d blogueurs aiment cette page :