Akhenaton, le pharaon du Soleil

Vers 1700 avant J.-C., l’Etat du Mitanni, situé en haute Mésopotamie, commença à déborder sur ses voisins. Les Mitanniens, descendants des tribus huksos, de race indo-aryenne, étaient jusque-là installés le long du fleuve Khabur ; ils adoraient les dieux de l’Inde ancienne : Indra, Varouana et Mitra ; c’est-à-dire le caractère solaire de leurs croyances !

Déjà au IIIe millénaire, ils avaient déferlé, venant d’Asie, jusqu’à la vallée du Nil, mais sans résultat décisif. Cette fois, leur invasion de l’Egypte promettait d’avoir des conséquences plus durables.

La première choses qui nous frappe, c’est le fait que ces tribus aryennes et nomades de la steppe apportaient avec elles la croix gammée, le svastika (roue solaire qui devait évoluer en motif tournoyant). Pour l’historien Zacharia Mayani :

 » Un des témoignages les plus anciens de cette association du Soleil et du cheval est le svastika, qui apparaît en Iran à l’époque néolithique, en Elam et dans l’Inde pré-aryenne dès la fin du IVe millénaire. Joseph Déchelette y voyait l’emblème du Soleil en mouvement et l’équivalent d’une roue. Cependant, certaines représentations de l’art scythique indiquent que, avec le temps, le svastika commence à exprimer une conception nouvelle : c’est l’image des quatre chevaux, attelage du char solaire, dont les têtes créent l’impression d’un mouvement rotatif. « 

Nous voyons bien ici le rapport existant entre le cheval (emblème spécifique des Hyksos nomades, par opposition aux sédentaires de la vallée du Nil et le svastika, symbole solaire à l’origine. L’un des dieux les plus puissants et les plus honorés de la tradition germano-slave avait son sanctuaire dans l’île de Rügen (Baltique), auprès de la statue de Svatovit, dieu « tout voyant », on gardait un cheval « blanc comme neige », figure symbolique du coursier solaire.

Il est symptomatique de remarquer que, soixante siècles plus tard, cette même île de Rügen devait servir de lieu d’expérimentation aux essais scientifiques ultrasecrets des « initiés » nazis, se réclamant eux aussi de la croix gammée…

Le fait demeure, pourtant, que les Egyptiens furent profondément marqués par les invasions mitanniennes. Le premier historien égyptien connu, Manéthon, a évoqué cet épisode guerrier :

 » Je ne sais comment la colère divine souffla sur nous, et, à l’improviste, un peuple de race inconnue, venu de l’Orient, eut l’audace d’envahir notre pays. Grâce à leur forces, ils s’en emparèrent sans coup férir. Ils se saisirent des chefs, incendièrent sauvagement les villes, rasèrent les temples des dieux et traitèrent les indigènes avec la dernière cruauté, égorgeant les uns, emmenant comme esclaves les enfants et les femmes des autres.  » (Rapporté par l’historien juif Flavius Josèphe.)

Les pharaons de la XVIIIe dynastie n’eurent d’autre ressource que de composer avec ces envahisseurs qui dévastaient périodiquement les colonies égyptiennes de Syrie et de Palestine. C’est ainsi que des alliances dont nous ne soulignerons jamais l’importance pour expliquer les faits qui vont suivre. Ces nomades, qui révéraient l’aigle et le faucon, oiseaux du Soleil, devaient jouer le rôle de rénovateurs de la religion en Egypte.

C’est ainsi que nous arrivons tout naturellement au pharaon : Akhenaton. Comme le note si justement Mayani :

 » Ce n’est pas aux sources sémitiques qu’Aménophis IV va puiser son inspiration religieuse… A première vue, il ne continue pas ce qu’il a reçu de ses prédécesseurs, et de toutes ces princesses mitanniennes qui dominaient la cour : un culte convenant à leur goût, celui d’Aton, le disque solaire. Ce culte apparaît déjà sous Touthmôsis IV. Aménophis III marque pour cette hypostase du Soleil une dévotion personnelle. Il possède sur le lac de Thèbes une barque de plaisance surnommée Splendeur d’Aton. Ce culte s’adresse au Soleil directement ; il se passe des vieux temples obscurs ; il fait penser aux temples solaire à ciel ouvert de la Ve dynastie (come celui d’Héliopolis) et, encore mieux, à l’adoration directe et spontanée du Feu sacré par les nomades de la steppe. Aménophis IV, désormais Akhenaton, se livre à ce culte avec toute la fougue de sa nature, qui ne connait pas de compromis. Il le magnifie et le rend absolu et exclusif. Il lui insuffle aussi sa philosophie pleine d’optimisme, ivre de liberté, de la joie de vivre, de l’amour de la nature. Aton est le père et la mère de toutes les créatures « 

Ainsi, par le biais de cette influence maternelle et familiale, nous nous trouvons ramenés au centre du sujet : Akhenaton est bien à la base de ce fil d’or de la tradition ésotérique indo-européenne. Le seul écrivain qui ait confusément perçut cette vérité, est, nous l’avons dit, Z. Mayani :

 » Il y a une certaine affinité, écrit-il, ne serait-ce que la religion solaire, entre les Hyksos, qui étaient probablement guidés par les Indo-Aryens, et Akhenaton plus Indo-Aryen qu’Egyptien : il y a d’autres part un lien, peut-être d’ordre affectif, entre le rois réformateur et les Mitanniens, adeptes également d’un monisme solaire particulier. « 

Quoi d’étonnant, dès lors, si Akhenaton a une mère mitannienne : la reine douairière Tiyi, et, surtout, une princesse mitannienne pour femme : nous voulons parler de la belle et énigmatique Nefertiti. Cette généalogie nous fait prendre conscience de la pénétration hyksos dans la famille régnante.

La personnalité du pharaon Akhenaton à son événement est semblable à tous les autres pharaons. Fils d’Aménophis III et de son épouse principale Tiyi, il avait fait preuve d’une remarquable force de caractère et, surtout, descendait d’une illustre lignée, trop puissante pour être évincée.

La personnalité de ce monarque, monté sur le trône du plus vaste empire de son temps à l’âge de douze ans et terminant son action réformatrice quatre ans plus tard, ne peut que susciter un prodigieux intérêt quand on sait qu’il posa les bases d’un monothéisme cosmique mille quatre cents ans avant la venue de Jésus. Bien sûr, le destin voulut que ce pharaon de la XVIIIe dynastie prenne les rênes du pouvoir au moment où l’Egypte connaissait une expansion religieuse et culturelle sans précédent : tout naturellement, Akhenaton devait être amener à guider la réforme religieuse à laquelle le prédestinait son caractère d’ascète et de mystique. Son père et ses prédécesseurs de la XVIIIe dynastie avaient déjà fait naître un nouveau concept religieux dans la pensée égyptienne : celui du Soleil, représenté par son disque, Aton. Mais il fallut attendre l’avènement d’Aménophis IV (Akhenaton) pour que ce symbole religieux devienne le dieu unique de la Terre, y compris les pays qui ne relevaient pas de la souveraineté égyptienne.

Ce pharaon, qui prêcha la doctrine de l’amour universel, mérite plus que tout autre le titre de précurseur et d’homme « au-dessus du temps ». De même, dans l’art aussi bien que dans le domaine social, l’esprit novateur de ce souverain surprend aujourd’hui encore les historiens.

Que penser enfin de son aspect physique, tellement irréel qu’il parait sortir tout droit de quelques fantasmagorie onirique :

 » … Sur un cou trop gracile, la lourde tête pèse, au crâne énorme, que la couronne bleue des bas pays du Nil surcharge encore, comme pour l’écraser. L’uraeus d’or s’y dresse, le cobra sacré de l’Egypte et l’orgueilleux bijou s’assorti mal à ces traits androgynes où tout est retenue, douceur, inquiétude. A travers le granit ou le marbre des statues qui l’évoquent, la méditation profonde est encore sensible. C’est là, n’en doutons pas, le visage d’un malade, d’un homme encore jeune, mais aux jours précocement comptés, l’extrême aboutissement d’une très vieille race, une image de décadence et de suprême perfection.  »

Ce physique étrange a été repris par nombre d’auteurs qui tous ont mis l’accent sur l’aspect androgyne du personnage. Dans le palais de Tcharouk, près de Thèbes, ou Akhenaton était né et où il avait passé son enfance, son image sculptée était celle d’un bambin qui ressemblait à une fillette : un visage rond comme un œuf, empreint d’un charme enfantin et virginal. Par la suite, cet aspect physique ne fit que s’accentuer jusqu’à nous donner l’image que nous a laissé la postérité.

 » Qui était-ce ? Qu’était-ce ? Un homme ? Non, un autre être qui, sous une forme humaine n’avait rien de terrestre. Ni un homme, ni une femme, ni un vieillard, un eunuque et « une eunuque », un avorton décrépi. Des bras et des jambes effroyablement maigres, comme des os de squelette, des épaules étroites d’enfant, mais des hanches larges et rondes, une poitrine creuse aux seins proéminents comme ceux d’une femme, un ventre enflé de femme enceinte, une tête énorme au crâne en forme de courge, lourdement penchée sur un petit cou mince, long et flexible comme la tige d’une fleur, un front fuyant, un menton pendant, un regard fixé, et, sur les lèvres, le sourire errant d’un fou. « 

Bien entendu, cette description de l’écrivain russe Merejkovski force un peu trop la note étrange au préjudice de la réalité historique, mais il est un fait reconnu que les touristes visitant le site solaire d’El-Amarna ont un sursaut de surprise quand on leur révèle que les image en bas-relief qu’ils avaient pris pour la représentation de deux reines sont en réalité celles du pharaon Akhenaton et de son épouse Néfertiti.

La preuve de cette ambiguïté, c’est qu’il est encore difficile, aujourd’hui, de faire la différence entre les images du pharaon et cette de son épouse, surtout lorsque le premier est représenté avec la courte perruque que les femme portaient fréquemment. En se fondant sur des paramètres anatomiques, il est, de la même façon, presque impossible de savoir si les torses des statuettes brisées retrouvées à El-Amarna sont ceux d’Akhenaton ou de Néfertiti.

Que l’on juge plutôt : Akhenaton est dépeint avec un cou de cygne, des hanches larges et la même poitrine proéminente que celle de Néfertiti. La représentation du pharaon muni de sa longue robe est ahurissante et appelle de notre part une enquête en rapport avec l’étrangeté du phénomène.

Tous les enseignements initiatiques font mention de l’androgynat de notre race primitive. Ainsi, les rose-croix nous apprennent quelles relations existaient entre le Soleil et nos ancêtres androgynes :  » Pendant les premiers temps de l’époque hyperboréenne, alors que la Terre était encore unie au Soleil, les forces solaires fournissaient à l’homme tout ce dont il avait besoin pour sa subsistance, et l’homme en irradiait inconsciemment le surplus de la reproduction. « 

Mais voici qui est beaucoup plus instructif encore, dans cette tradition rosicrucienne :  » Alors que la matière dont la Terre et la Lune furent plus tard formées faisaient encore partie du Soleil, le corp de l’homme en devenir était encore plastique. Les forces émanées par la partie qui devint plus tard le Soleil et par la partie qui est maintenant la Lune étaient facilement actives dans tous les corps, en sorte que l’homme de l’époque hyperboréenne était hermaphrodite, capable de produire un nouvel être sans avoir de relation sexuelles avec un autre être…

 » Quand la Terre fut séparée du Soleil, et que, peu après, elle lança la Lune dans l’espace, les forces des deux astres n’affectèrent plus uniformément tous les êtres comme par le passé. Certains corps furent plus affectés par un astre, et certains le furent davantage par les forces de l’autre. « 

Nous avons dans ce texte un reflet de la tradition primordiale et du mythe de l’androgynat, phénomène que nous avions déjà rencontré dans le célèbre dialogue de Platon : Le Banquet. Le lecteur ne sera donc pas surpris si nous lui révélons que, pour les traditionalistes comme les théosophes,  » le culte solaire est lié à l’androgyne, premier représentant de l’espèce humaine sur notre planète « . On saisi toute l’importance d’une telle affirmation, tant au point de vue philosophique que religieux.

Pour Mme Blavatsky, la fondatrice de la Société théosophique et l’auteur de la fameuse Doctrine secrète, « le Dieu unique, Yahvé, avait un aspect androgyne dans les premiers chapitres de la Genèse, avant de devenir, par certaine transformation cabalistiques, entièrement masculin, caïnite et phallique… ». On saisit tout l’intérêt du point de départ de la race humaine.

Nous sommes loin, ici, de la psychanalyse, qui ne voit dans l’acte de chair que  » l’instinct de conservation de l’espèce « . Il est remarquable cependant de constater que le mythe de l’androgynat a circulé dans tous les continents et à toutes les époques, et ce de façon souterraine : depuis le milieu « mystériosophiques » égyptiens jusqu’aux gnostiques et à l’ère moderne elle-même, en passant, bien entendu, par les auteur du Moyen-Age.

Ce berceau de la science sacrée que fut l’Egypte reçut successivement les plus grands esprits du monde antique qui subirent l’initiation de la main des prêtres d’Héliopolis : Orphée, Moïse (fondateur des mystères hébreux), Pythagore (qui resta vingt-deux ans sur cette terre avant de créer son école de Crotone), enfin Platon, qui devait être le plus grand de tous et qui légua – en termes voilés – le résultat de son « illumination ».

L’exemple d’Akhenaton, dont l’aspect physique hermaphrodite rejoignait celui de l’androgyne primordial, fut pris comme modèle par les initiés de toute obédience, pour le symbole d’immortalité qu’il représentait. En faisant abstraction de la phytologie, nous pouvons comprendre tout ce qui s’enchaîne comme conséquence d’un tel état : l’amour platonique ne s’applique-t-il pas admirablement aux jeunes gens et aux jeunes filles d’aujourd’hui, dont on ne sait plus de quel sexe ils sont ? En passant par les troubadours, l’amour courtois et la théorie même de la beauté, tout se tient, tant il est vrai que l’ésotérisme soulève le voile des problèmes permanents qui agitent l’humanité à toutes les époques.

Il est un fait significatif, a savoir que les canons de la beauté féminine idéale ne sont plus aujourd’hui ceux de la « Vénus de Milo », mais de la reine Néfertiti pourtant antérieure de quinze siècles ! Il y a là un indice révélateur de cet état de chose que le monde appelle « mode » et les initiés « cycle ».

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