La Passe-muraille – Marcel Aymé

C’est un petit fonctionnaire qui s’aperçoit qu’il peut traverser les murs ; ou une femme pouvant se multiplier à l’infini et qui disperse dans le monde six mille sept cents répliques d’elle-même. Les gouvernants rationnent le temps de vie, occasionnant ainsi des morts relatives et des résurrections cocasses. Ou bien, ils avancent le temps de dix-sept ans pour arrêter la guerre. C’est une vieille dévote qui entre au Paradis grâce à son voyou de neveu. Un huissier entre aussi au ciel après un purgatoire curieux. Un enfant voit son rêve de bottes de sept lieues se réaliser. En quelques pages, Marcel Aymé développe des sujets de rêves avec tant de précisions qu’on ne sait plus où est le vrai. Les lieux, le temps, la mort : tout est dépassé.

Les remontrances d’un père à son fils pendant un diner familial au sujet d’un devoir de français, la folie d’un percepteur qui exige qu’on lui livre les femmes au fisc, persuadé que sa femme a été enlevée parce qu’il était en retard sur le paiement de ses impôts ; et les récits de la vie de quatorze personnes attendant l’ouverture d’une boulangerie, forment une fresque à la fois précise, naturelle et poétique des gens de Montmartre ou des bourgeois de province. Souvent marqués par les détails du quotidien pendant l’occupation, ces récits sont autant de contes pour enfants que de nouvelles pleines d’enseignements et de bon sens.

L’ensemble décrit la France profonde, c’est-à-dire la plus reculée, la plus oubliée, mais aussi la plus prompt à exprimer ses sentiments. Tous les personnages affichent une générosité simple, vraie derrière un comportement souvent dur ou renfermé.

Marcel Aymé est d’abord un conteur. Originaire du Jura, orphelin très tôt, il a su écouter les histoires traditionnelles qu’on lui racontait et a construit en lui un monde original, secret et formidablement humain. Sa fantaisie nous délivre du quotidien. Il ne donne aucune leçon, ne fait aucune morale : il raconte et excelle dans les détails qu’il présente en une ou deux phrases ; dans une économie de style extraordinaire.

Ce qui devient tout à fait insensé, c’est l’insertion du merveilleux dans la vie quotidienne. Ici, le fantastique et le normal se donnent la main. L’un est le moteur de l’action. L’autre, c’est l’intérêt des circonstances car nous retrouvons le monde tel que nous le connaissons. Le départ est absurde et les conséquences sont logiques.

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