Le Chris s’est arrêté à Eboli

En 1953, son activité antifasciste valut à l’auteur d’être assigné à résidence dans un bourg perdu de Lucanie, Gagliano, où il passa un an. Carlo Levi était originaire de Turin. Il avait mené à bien des études de médecine, mais s’était surtout consacré à la peinture et à la politique. Rien, dans son passé, ne semblait donc le prédisposer à aimer et à comprendre les paysans de l’Italie du Sud. Son livre, pourtant, est né tant d’une amitié que d’une découverte : Carlo Levi a été adopté par les paysans de Gagliano et il s’est rendu compte que ls critères de son milieu d’origine ne sauraient leur être appliqués. La Lucanie, en effet, n’appartient pas à l’Italie du XXe siècle : c’est  » un autre monde enfermé dans la douleur et dans les coutumes « ,  » un monde en marge de l’histoire et de l’Etat, éternellement passif « ,  » une terre sans réconfort ni douceur, où le paysan vit, dans la misère et l’éloignement, sa vie immobile sur un sol aride face à la mort « .

Les habitants de Gagliano sont divisés en deux classes : celle des  » cafoni  » (paysans pauvres) et celle des « galantuomini  » (propriétaires et bourgeois), les seconds pensant que les premiers n’ont été créés que pour être pressurés  » nous ne sommes pas chétiens, disent les « cafoni », le Chris s’est arrêté à Eboli. « . Et l’auteur poursuit ;  » Chrétien veut dire, dans leur langage, homme – nous ne sommes pas des chrétiens, nous ne sommes pas des hommes, nous ne sommes pas considérés comme des hommes, mais comme des bêtes de somme, encore moins que des bêtes, moins mue les gnomes qui vivent leur libre vie, diabolique ou angélique, parce que nous devons subir le monde des chrétiens, au-delà de l’horizon, et en supporter le poids et la compassion. « 

Mais comme remarque encore Carlo Levi :  » le Christ s’est vraiment arrêté à Eboli, où la route et le train abandonnent la côte de Salerne et la mer, pour s’enfoncer dans les terres désolées de Lucanie. Le Christ n’est jamais arrivé ici, ni le temps, ni l’âme individuelle, ni l’espoir, ni la liaison entre causes et effets, ni la raison, ni l’histoire. Le saisons coulent sur les labeurs paysans, aujourd’hui comme trois mille ans avant Jésus-Christ « 

A Gagliano, Carlo Levi fait de la peinture et soigne les malades, tandis que les « gualantuomini » tissent autour de lui leurs mesquines intrigues. Le meilleur du livre est dans la chronique de cette vie du village, dans les portraits – celui de Giulia, la sorcière, ou don Trajella, un vieil archiprêtre persécuté par le podestat fasciste – et dans l’évocation du passage immuable des saisons. Dans leur vie quotidienne, les « cafoni », en dépit de la misère et de la malaria, se montrent les dépositaires d’une très antique civilisation paysanne et gardent vivant le  » sentiment humain d’une destinée commune, et une commune acceptation « . Cette acceptation de leur condition s’accompagne cependant s’un sens très vif du droit et de la légitimité :  » On appelle « légitime » un homme qui agit bien ; un vin qui n’est pas frelaté;  » Lorsque les autorités interdisent à l’auteur de pratiquer la médecine, ils pensent qu’une pétition signée par toute la population serait « légitime ».

Pour Carlo Levi, la petite bourgeoisie, plus encore que les grands propriétaire, est responsable de la misère paysanne,  » Sans une révolution paysanne, dit-il, nous n’auront jamais une vraie révolution italienne, et réciproquement ,  » Et il conclut :  » La véritable révolution nécessite la collaboration de toute l’Italie et suppose un renouvellement radical. Il faut que nous devenions capable de penser et de créer un nouvel Etat autre que l’Etat fasciste, libéral ou communiste, car ce ne sont là que les différents formes d’une même religion de l’Etat.

Le Christ s’est arrêté à Eboli a été adapté au cinéma par Francesco Rosi en 1984.

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