Vie (La) de Galilée – Berthol Brecht

La trame de l’œuvre est à peu près inspirée sur la vie du savant telle que nous l’a rapportée l’histoire, et nous montre le comportement d’un homme qui ne sacrifie jamais son humanité physique à son humanité intellectuelle. La période la plus féconde de la vie de Galilée débute en effet par une escroquerie , la présentation au doge comme invention originale d’une lunette construite sur le modèle déjà fabriqué en Flandres ; trahison, l’abjuration du système de Copernic sous les menaces de l’inquisition.

À travers la vie de Galilée, Brecht raconte le combat entre la science et le pouvoir théocratique.

C’est le thème de la vérité contre l’obscurantisme. Brecht lui-même avait été placé dans une situation historiquement comparable à ce qu’avait vécu Galilée : l’Allemagne nazie — qu’il fuit dès 1933 — imposait sa vérité officielle et faisait plier tous ses contradicteurs : artistes, écrivains, scientifiques, intellectuels, journalistes, hommes politiques… Le parallèle entre la vie de Galilée et celle de l’auteur s’impose.

L’escroquerie est indubitable, la trahison aussi, Galilée lui-même ne le nie pas, mais la première lui procure l’aisance indispensable à ses recherches, tandis que la seconde, en préservant sa vie, lui permet de terminer son œuvre. Cet homme qui tient à la vie et aux plaisirs qui s’y rattachent n’a d’ailleurs pas hésité à demeurer à Florence pendant que la peste ravageait la ville, et cela avec le plus grand naturel parce que ses observations n’auraient pas souffert d’interruption. En 1938, lorsque Brecht commence à travailler dans un Danemark encore libre à La Vie de Galilée, les assistants de Niels Bohr l’aident à reconstituer le système de Ptolémée. Il apprend d’eux en même temps la puissance considérable de l’atome et peut rêver aux bienfaits que l’humanité en tirera.

Qu’importe, trois siècle avant, l’abjuration de Galilée, s’il peut à ce prix poursuivre cette expérience, en tirer les déductions , et rédiger les conclusions que son disciple sauvera ! Le reniement du savant apparait donc, en 1938, comme une ruse tactique parfaitement justifiée. Au disciple Andreas qui lui dit « Vos mains sont sales » il répond « Mieux vaut sales que vides ». Mais en 1945, c’est Hiroshima. Brecht écrit, lorsqu’il évoque sa collaboration avec Laughton à cette époque : « Du jour au lendemain la biographie du fondateur de la physique moderne prit un autre sens. l’infernal effet de la bombe fut tel que le conflit entre Galilée et les pouvoirs de son temps fut placé dans une lumière neuve « plus crue.  » Cette correction est surtout exprimée dans l’autocritique finale de Galilée qui dit notamment : « Je tiens que le but unique de la science consiste à rendre plus léger le poids de la fatigue de la vie humaine.  » Et : « La coupure entre les savants et l’humanité peut un jour devenir si profond que votre cri de triomphe devant quelque nouvelle conquête pourrait recevoir comme réponse universelle un cri d’épouvante.  » En 1948, Brecht ne croit plus que le savant ait le droit de s’isoler de l’humanité. Il est juste et sage que la science reste sur la place publique. Pour avoir déposé son savoir entre les mains de maitres « pour qu’ils en usent, ou n’en usent pas, ou en abusent », selon ce qui servirait leur but. Galilée à la fin de la pièce, se juge indigne de siéger dans la communauté des hommes de science.

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